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« J'aime le peuple chinois »

Xavier Walter

Source :La Nef n°229 de septembre 2011
Collaborateur d’Alain Peyrefitte durant une vingtaine d’années, Xavier Walter a consacré de nombreux ouvrages à la Chine dont il est un spécialiste reconnu. Il nous parle de ce grand pays à l’occasion de la publication du second volet d’une imposante fresque sur son émergence actuelle, Chine rouge.

La Nef – Votre livre respire une grande admiration pour la Chine : comment est né cet intérêt ?

Xavier Walter – Cet intérêt est né du travail que j’ai fait durant mes années de collaboration avec Alain Peyrefitte, et depuis 1999 je m’y suis rendu sept fois. Je n’admire pas la Chine, j’aime son peuple et son histoire. Je peux vous en montrer tous les défauts, il est humain au meilleur comme au pire sens du terme. L’ex-jésuite Amiot parlait en 1793 d’« un pays qui est une espèce de monde renversé pour tout Européen non exercé ». Je me sens proche de Teilhard de Chardin qui affirmait que pour comprendre la Chine, il fallait « passer aux Chinois », ce qui ne commande pas de renoncer à soi-même.

Comment définiriez-vous le caractère chinois ?

Un mot schématise la morale des Chinois : empirisme. Pour ce peuple qui se donne des millénaires d’histoire et n’en compte pas loin de trois mille (son calendrier historique débute en -841), le temps ne concourt pas à l’évolution positive de son état, la perfection étant située mythologiquement à ses origines. Confucius la fait remonter aux princes mythiques du troisième millénaire : « Yao dit : “Ô Shun, le Ciel a placé la couronne sur ta tête. Gouverne fidèlement le Milieu. Si l’Entre-quatre-mers venait à dépérir, la grâce céleste tarirait à jamais” » (1). Cette grâce « harmonieuse » (« L’homme honorable cultive l’harmonie », Confucius), pouvoir et savoir cherchent à la retrouver…

La Chine fait peur en raison de son nombre d’habitants et aussi par sa puissance économique et militaire croissante : comment analysez-vous ce sentiment ?

La peur à ces trois chefs trahit une ignorance de la Chine et de son univers mental, partant politique. Sa masse est pacifique et championne de l’autosuffisance : en 2011, 23 % de l’humanité vivent sur 7 % des terres arables et disposent de 50 % de la quantité moyenne d’eau consommée par chacun de nous. Sa puissance militaire croissante ? Elle s’arme, cela fait partie d’une impérative apparence, quoi qu’il en coûte, et puis il faut bien « tuer le poulet pour effrayer les singes » ! Le Chinois accepte de sacrifier sa vie pour défendre « l’Entre-quatre-mers », il n’est pas homme de guerre. C’est sous des dynasties étrangères (mongole et mandchoue notamment) que l’Empire s’est étendu. En revanche, le Chinois est un travailleur infatigable, plein d’idées et propre à tirer profit de tout ce qui lui tombe sous la main, un commerçant redoutable depuis des millénaires. Là, attention !

La croissance chinoise se réalise au détriment d’une majorité exploitée : le capitalisme et la mondialisation peuvent-ils « déraciner » les Chinois comme en Occident ?

Dire que la croissance chinoise pénaliserait une partie importante de la population, c’est commettre un anachronisme. Du xve au xixe siècle et à l’intrusion étrangère, la Chine des Ming nationalistes et des Qing – Mandchous soucieux de se faire accepter – eut pour politique un respect paralysant du passé – « l’Empire immobile » ! Depuis la révolution de 1911, mais surtout depuis l’ère Deng Xiaoping (1978-1992), elle a souci de rattraper ce retard et la condition souvent très dure des travailleurs (surnuméraires, il faut le savoir !) répond à des impératifs que nous avons connus, il y a 100 ou 150 ans…
« Déraciner » les Chinois ? Des individus se « déracinent », bientôt regardés comme des félons. Quitter le pays pour trouver du travail ? Sinon pour faire des affaires, inimaginable !

La Chine a-t-elle une 
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