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« L'attachement à l'égalité »

Jacques Julliard

Source : La Nef n°244 DE JANVIER 2013
Jacques Julliard, essayiste et historien, éditorialiste de Marianne après 32 ans passés au Nouvel Observateur, vient de publier une somme sur les gauches françaises (1). Il nous a reçus à Paris dans son bureau de Marianne. Entretien.

La Nef – Est-ce évident d’être chrétien et homme de gauche, comme vous l’êtes ?
Jacques Julliard
– Je répondrai par une autre question : poseriez-vous précisément cette question à un chrétien qui se dirait de droite ? N’y a-t-il pas là-dessous l’idée qu’il serait impossible de concilier idées de gauche et catholicisme ? Je pense que cette impression relève d’une idiosyncrasie nationale, dans laquelle l’Église est toujours du côté de l’ordre, donc de la droite. Mais je vais vous répondre à mon sujet : de ma famille paternelle, je suis issu d’un monde radical de gauche, plutôt anticlérical. Ma famille maternelle, elle, était en revanche très catholique, même si elle était elle aussi un peu anticléricale. Ainsi, pour moi être catholique de gauche résulte d’une synthèse de naissance, si j’ose dire. Ma mère, quoique très convaincue, a toujours été laïque, et mon père très ouvert sur les questions spirituelles. De l’enseignement reçu des Jésuites lyonnais, je tiens en quelque sorte cette idée que la foi est indépendante des idées politiques : la foi influence certes la vie politique, mais à titre personnel et non de façon universelle. C’est pour moi la définition de l’intégrisme que de déduire des idées politiques des idées religieuses.
Mais aujourd’hui, quand on voit ce qu’est devenue la gauche sur certains sujets, votre conscience ne s’y oppose-t-elle pas parfois ?
Oui, il est vrai que j’ai des désaccords avec des positions politiques soutenues par la gauche. Mais avec la position politique de l’Église actuelle, j’ai aussi des désaccords. Pour moi, le Magistère de l’Église ne concerne que la foi.

Dans votre livre, vous faites remonter la gauche au XVIIIe siècle. Pouvez-vous expliquer ça ?
Je tiens que la gauche est le parti qui a choisi la Révolution et les Lumières. Attention, je ne dis pas que les Lumières et la Révolution se considéraient comme de gauche, je dis que la gauche s’est proclamée elle-même « le parti de la Révolution ». C’est de là qu’elle tire sa philosophie politique, c’est sa tradition intellectuelle. Elle a ainsi une légitimité dès l’origine d’un point de vue républicain. La filiation intellectuelle de la gauche provient de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, c’est le parti qui s’est toujours réclamé de cela, alors que la droite, qui a beaucoup mué aujourd’hui, l’a en partie refusé longtemps. D’ailleurs, je considère que beaucoup d’idées de la Révolution française sont des valeurs chrétiennes laïcisées.

Mais tout est-il bon dans la Révolution française ?
Sur ce plan-là, la gauche aussi a évolué. Elle a fait son aggiornamento. Ainsi, elle a célébré le bicentenaire de 89 et non celui de 93. Les travaux de François Furet ont d’ailleurs beaucoup contribué à cette prise de conscience. Aujourd’hui, il ne reste que quelques éléments disparates et non représentatifs comme Mélenchon pour se réclamer de 1793.

La partition droite/gauche vous paraît-elle encore essentielle pour penser politiquement ?
À l’origine, chacun des deux blocs considère que l’autre n’a pas de légitimité et qu’il faut l’éliminer. Cette vision est heureusement en voie de disparition. Le clivage droite/gauche existe partout dans le monde et est fondamentalement antérieur à la création des termes par la Révolution française. Regardez les Tories et les Whigs en Angleterre. La France est à l’origine un pays beaucoup plus pluraliste, avec une myriade de partis. Mais l’on peut dire que « la troisième force » sous la IVe République a tué ce mirage. Les Français ne savaient pas pour qui ils votaient in 
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