Recherche
  • Accueil
  • Archives de la Nef
  • Grands entretiens

« La force du silence »

Cardinal Robert Sarah

Source : La Nef N°285 d'octobre 2016
Après le succès de Dieu ou rien (Fayard, 2015), le cardinal Robert Sarah publie début octobre un nouveau livre avec Nicolas Diat (1).& 8200;Livre magnifique d’une hauteur spirituelle remarquable qui nous fait entrer dans le cœur du mystère de Dieu : le silence, nécessaire pour toute rencontre avec le Seigneur, dans la vie intérieure comme dans la liturgie. Rencontre avec un homme habité par Dieu.


Ce livre que vous proposez aux lecteurs est une véritable méditation spirituelle sur le silence : pourquoi vous êtes-vous lancé dans une réflexion si profonde que l’on n’attend pas habituellement d’un Préfet de la Congrégation pour le Culte divin en charge de dossiers très concrets de la vie de l’Eglise ?
« Le premier langage de Dieu, c’est le silence ». En commentant cette riche et belle intuition de saint Jean de la Croix, Thomas Keating, dans son ouvrage Invitation to love écrit : « Tout le reste est une pauvre traduction. Pour entendre ce langage, nous devons apprendre à être silencieux et à nous reposer en Dieu ».
Il est temps de retrouver l'ordre véritable des priorités. Il est temps de remettre Dieu au centre de nos préoccupations, au centre de notre agir et de notre vie, à la seule place qu’Il doit occuper. Ainsi, notre cheminement chrétien pourra graviter autour de ce Roc, se structurer dans la lumière de la foi et se nourrir dans la prière, qui est un moment de rencontre silencieuse et intime où l’homme se tient face à face avec Dieu pour l’adorer et lui exprimer son amour filial.
Ne nous trompons pas. La véritable urgence est ici : retrouver le sens de Dieu. Or le Père ne se laisse approcher que dans le silence. Ce dont l'Église a le plus besoin aujourd'hui, ce n'est pas d'une réforme administrative, d'un programme pastoral de plus, d’un changement structurel. Le programme existe déjà : c’est celui de toujours, tiré de l’Evangile et de la tradition vivante. Il est centré sur le Christ lui-même que nous devons connaître, aimer, imiter, pour vivre en Lui et par Lui, transformer notre monde qui se dégrade car les hommes vivent comme si Dieu n’existait pas. Comme prêtre, comme pasteur, comme Préfet, comme Cardinal, ma priorité est de dire que Dieu seul peut combler le cœur de l'homme.
Je crois que nous sommes victimes de la superficialité, de l’égoïsme et de l'esprit mondain que répand la société médiatique. Nous nous perdons dans des luttes d'influences, des conflits de personnes, dans un activisme narcissique et vain. Nous nous gonflons d’orgueil, de prétention, prisonnier d’une volonté de puissance. Pour des titres, des charges professionnelles ou ecclésiastiques, nous acceptons de viles compromissions. Mais tout cela passe comme la fumée. Dans mon nouveau livre, j'ai voulu inviter les chrétiens et les hommes de bonne volonté à entrer dans le silence ; sans lui, nous sommes dans l'illusion. La seule réalité qui mérite notre attention, c'est Dieu lui-même, et Dieu est silencieux. Il attend notre silence pour se révéler.
Retrouver le sens du silence est donc une priorité, une nécessité, une urgence.
Le silence est plus important que toute autre œuvre humaine. Car il exprime Dieu. La véritable révolution vient du silence, elle nous conduit vers Dieu et les autres pour nous mettre humblement à leur service.

Pourquoi la notion de silence est-elle si essentielle à vos yeux ? Le silence est-il nécessaire pour trouver Dieu et en quoi « est-il la plus grande liberté de l’homme » (n°25) ? En tant que « liberté », le silence est-il une ascèse ?
Le silence n'est pas une notion, c'est la voie qui permet aux hommes d'aller à Dieu.
Dieu est silence, et ce silence divin habite l'homme. En vivant avec le Dieu silencieux, et en Lui, nous devenons nous-mêmes silencieux. Rien ne nous fera mieux découvrir Dieu que ce silence inscrit au cœur de notre être.
Page 1 sur 7 1 2 3 4 5 6 7 »