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« La force du silence »

Cardinal Robert Sarah

Source : La Nef N°285 d'octobre 2016
tout, la souffrance, loin de mettre en cause la toute-puissance de Dieu, nous la révèle. J'entends encore la voix de cet enfant qui demandait en pleurant : « Pourquoi Dieu n'a-t-il pas empêché que papa soit tué ? » Dans son silence mystérieux, Dieu se manifeste dans la larme versée par l'enfant et non dans l'ordre du monde qui justifierait cette larme. Dieu a sa façon mystérieuse d'être proche de nous dans nos épreuves. Il est intensément présent dans nos épreuves et nos souffrances. Sa force se fait silencieuse parce qu'elle révèle son infinie délicatesse, sa tendresse aimante pour ceux qui souffrent. Les manifestations extérieures ne sont pas forcément les meilleures preuves de proximité. Le silence révèle la compassion, la part que Dieu prend à nos souffrances. Dieu ne veut pas le mal. Et plus le mal est monstrueux, plus il apparaît que Dieu en nous est la première victime.
La victoire du Christ sur la mort, et le péché, se consomme dans le grand silence de la croix. Dieu manifeste sa toute puissance dans ce silence qu'aucune barbarie ne pourra jamais souiller.
Lorsque je me suis rendu dans des pays qui traversaient des crises violentes et profondes, des souffrances, des misères tragiques, comme la Syrie, la Lybie, Haïti, les Philippines après les dévastations du typhon, j'ai constaté combien la prière silencieuse est le dernier trésor de ceux qui n'ont plus rien. Le silence est la dernière tranchée où nul ne peut entrer, l'unique chambre où demeurer en paix, le lieu où la souffrance baisse un instant les armes. Dans la souffrance, cachons-nous dans la forteresse de la prière.
Alors la puissance des bourreaux n'a plus d'importance ; les criminels peuvent tout détruire avec fureur, il est impossible d'entrer par effraction dans le silence, le cœur, la conscience d'un homme qui prie et se blottit en Dieu. Les battements d'un cœur silencieux, l'espérance, la foi et la confiance en Dieu demeurent insubmersibles. A l'extérieur, le monde peut devenir un champ de ruines, mais à l'intérieur de notre âme, dans le plus grand silence, Dieu veille. La guerre et les cortèges d'horreurs n'auront jamais raison de Dieu, présent en nous. Devant le mal et le silence de Dieu, il faut toujours se tenir en prière et crier silencieusement en disant avec foi et amour :

« Je t’ai cherché, Jésus !
Je t’ai entendu pleurer de joie
à la naissance d’un enfant.
Je t’ai vu chercher la liberté
à travers les barreaux d’une prison.
Je suis passé près de toi
quand tu quémandais un morceau de pain.
Je t’ai entendu hurler de douleur
quand tes enfants étaient terrassés par les bombes.
Je t’ai découvert dans les salles d’un hôpital,
soumis à des thérapies sans amour.
Maintenant, je t’ai trouvé,
je ne veux plus te perdre.
Je t’en prie, apprends-moi à t’aimer. »

Avec Jésus, nous portons mieux nos souffrances et nos épreuves.

Quel rôle attribuez-vous au silence dans notre liturgie latine, où le voyez-vous et comment conciliez-vous silence et participation ?
Devant la majesté de Dieu, nous perdons nos mots. Qui oserait prendre la parole devant le Tout-Puissant ? Saint Jean-Paul II voyait dans le silence l'essence de toute attitude de prière, parce que ce silence chargé de présence adorée manifeste « l'humble acceptation des limites de la créature face à la transcendance infinie d'un Dieu qui ne cesse de se révéler comme un Dieu amour. » Refuser ce silence empli de crainte confiante et d'adoration, c'est refuser à Dieu la liberté de nous saisir par son amour et sa présence. Le silence sacré est donc le lieu où nous pouvons rencontrer Dieu, parce que nous venons vers lui avec l'attitude juste de l'homme qui tremble et se tient à distance tout en espérant avec confiance. Nous, prêtres, devons réapprendre la crainte filiale de Dieu et la sacralité de nos rapports avec Lui. Nous devons réapprendre à 
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