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« La force du silence »

Cardinal Robert Sarah

Source : La Nef N°285 d'octobre 2016
trembler de stupeur devant la Sainteté de Dieu et la grâce inouïe de notre sacerdoce.
Le silence nous apprend une grande règle de la vie spirituelle : la familiarité ne favorise pas l'intimité, au contraire, la juste distance est une condition de la communion. C'est par l'adoration que l'humanité marche vers l'amour. Le silence sacré ouvre au silence mystique, plein d'intimité amoureuse. Sous le joug de la raison séculière, nous avons oublié que le sacré et le culte sont les seules portes d'entrée de la vie spirituelle. Je n'hésite donc pas à affirmer que le silence sacré est une loi cardinale de toute célébration liturgique.
En effet, il nous permet d'entrer en participation du mystère célébré. Le Concile Vatican II souligne que le silence est un moyen privilégié pour favoriser la participation du peuple de Dieu à la liturgie.
Les Pères conciliaires voulaient manifester ce qu'est une véritable participation liturgique : l'entrée dans le mystère divin. Sous prétexte de rendre l'accès à Dieu facile, certains ont voulu que tout dans la liturgie soit immédiatement intelligible, rationnel, horizontal et humain. Mais en agissant ainsi, nous courrons le risque de réduire le mystère sacré à de bons sentiments. Sous prétexte de pédagogie, certains prêtres s'autorisent d'interminables commentaires plats et horizontaux. Ces pasteurs ont-ils peur que le silence devant le Très-Haut déroute les fidèles ? Croient-ils que l’Esprit Saint est incapable d’ouvrir les cœurs aux Mystères divins en y répandant la lumière de la grâce spirituelle ?
Saint Jean-Paul II nous met en garde : l’homme entre en participation de la divine présence « surtout en se laissant éduquer à un silence d'adoration, car au sommet de la connaissance et de l'expérience de Dieu, il y a sa transcendance absolue. »
Le silence sacré est le bien des fidèles, et les clercs ne doivent pas les en priver !
Le silence est l'étoffe dans laquelle devraient être taillées nos liturgies. Rien dans ces dernières ne saurait rompre l'atmosphère silencieuse qui est leur climat naturel.

N’y a-t-il pas un certain paradoxe à affirmer la nécessité du silence dans la liturgie, tout en reconnaissant que les liturgies orientales n’ont pas de moments de silence (n°259), alors qu’elles sont particulièrement belles, sacrées et priantes ?
Votre remarque est judicieuse et montre qu'il ne suffit pas de décréter des « moments de silence » pour que la liturgie soit imprégnée de silence sacré.
Le silence est une attitude de l'âme. Il n'est pas une pause entre deux rites, il est lui-même pleinement un rite.
Certes, les rites orientaux ne prévoient pas de temps de silence pendant la divine liturgie. Néanmoins, ils connaissent intensément la dimension apophatique de la prière devant le Dieu « ineffable, incompréhensible, insaisissable ». La Divine liturgie est en quelque sorte plongée dans le Mystère. Elle est célébrée derrière l'iconostase qui est pour les Orientaux le voile qui protège le mystère. Chez nous, Latins, le silence est une iconostase sonore. Le silence est une mystagogie, il nous permet d'entrer dans le mystère sans le déflorer. Dans la liturgie, le langage des mystères est silencieux. Le silence n'occulte pas, il révèle en profondeur.
Saint Jean-Paul II nous enseigne que « le mystère se voile continuellement, se couvre de silence, pour éviter qu'à la place de Dieu, on ne construise une idole. » Je veux affirmer qu'aujourd'hui le risque est grand pour les chrétiens de devenir idolâtres. Prisonniers du bruit des discours humains interminables, nous ne sommes pas loin de construire un culte à notre hauteur, un dieu à notre image. Comme le remarquait le Cardinal Godfried Danneels, « la liturgie occidentale, telle qu'elle est pratiquée, a pour principal défaut d'être trop bavarde. » En Afrique, dit l’abbé Faustin Nyombayré, prêtre rwandais, « la superficialité n’épargne pas la 
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