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« La force du silence »

Cardinal Robert Sarah

Source : La Nef N°285 d'octobre 2016
relation avec Dieu.
Comme j'ai eu l'occasion de le dire récemment, lors d'un entretien privé avec le Saint-Père, je ne fais ici que des suggestions inspirées par mon cœur de pasteur soucieux du bien des fidèles. Je n'entends pas opposer une pratique à une autre. Si matériellement il n'est pas possible de célébrer ad orientem, il faut nécessairement poser une croix sur l'autel, bien en vue, comme point de référence pour tous. Le Christ en croix est l'orient chrétien.

Vous défendez ardemment la constitution conciliaire sur la liturgie en déplorant qu’elle ait été si mal appliquée. Comment l’expliquez-vous avec le recul des cinquante dernières années ? Les autorités dans l'Eglise n'en sont-elles pas les principales responsables ?
Je crois que nous manquons d'esprit de foi quand nous lisons le document du Concile. Envoutés par ce que Benoît XVI appelle le Concile des médias, nous en faisons une lecture trop humaine, cherchant les ruptures et les oppositions là où un cœur catholique doit s'efforcer de trouver le renouveau dans la continuité. Plus que jamais, l'enseignent conciliaire contenu dans Sacrosanctum concilium doit nous guider. Il serait temps de nous laisser enseigner par le Concile plutôt que de l'utiliser pour justifier nos soucis de créativité ou pour défendre nos idéologies en utilisant les armes sacrés de la liturgie.
Un seul exemple : Vatican II a admirablement défini le sacerdoce baptismal des laïcs comme la capacité à nous offrir en sacrifice au Père avec le Christ, pour devenir, en Jésus, des « Hosties saintes, pures et immaculées ». Nous avons là le fondement théologique de la véritable participation à la liturgie.
Cette réalité spirituelle devrait se vivre en particulier à l'offertoire, ce moment où tout le peuple chrétien s'offre, non pas à côté du Christ, mais en lui, par son sacrifice qui sera réalisé à la consécration. La relecture du Concile nous permettrait d'éviter que nos offertoires soient défigurés par des manifestations qui tiennent plus du folklore que de la liturgie. Une saine herméneutique de la continuité pourrait nous conduire à remettre en honneur les anciennes prières de l'offertoire relues à la lumière de Vatican II.

Vous évoquez « la réforme de la réforme » que vous appelez de vos vœux (n°257) : en quoi devrait-elle consister principalement ? Et concernerait-elle les deux formes du rite romain ou seulement la forme ordinaire ?
La liturgie doit toujours se réformer pour être plus fidèle à son essence mystique. Ce que l'on appelle « réforme de la réforme », et que nous devrions peut-être appeler « enrichissement mutuel des rites », pour reprendre une expression du magistère de Benoît XVI, est une nécessité spirituelle. Elle concerne donc les deux formes du rite romain.
Je refuse que nous occupions notre temps en opposant une liturgie à une autre, ou le rite de saint Pie V à celui du Bienheureux Paul VI. Il s'agit d'entrer dans le grand silence de la liturgie ; il faut savoir se laisser enrichir par toutes les formes liturgiques, latines ou orientales. Pourquoi la forme extraordinaire ne s'ouvrirait-elle pas à ce que la réforme liturgique issue de Vatican II a produit de meilleur ? Pourquoi la forme ordinaire ne pourrait-elle retrouver les anciennes prières de l'offertoire, les prières au bas de l'autel, ou un peu de silence pendant certaines parties du Canon ?
Sans un esprit contemplatif, la liturgie demeurera une occasion de déchirements haineux et d'affrontements idéologiques, d’humiliations publiques des faibles par ceux qui prétendent détenir une autorité, alors qu’elle devrait être le lieu de notre unité et de notre communion dans le Seigneur. Pourquoi nous affronter et nous détester ? Au contraire, la liturgie devrait nous faire parvenir tous ensemble à l’unité dans la foi et la vraie connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme 
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