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« La force du silence »

Cardinal Robert Sarah

Source : La Nef N°285 d'octobre 2016
parfait, à la plénitude de la stature du Christ… Ainsi, en vivant dans la vérité de l’amour, nous grandirons dans le Christ pour nous élever en tout jusqu’à Lui, qui est la Tête (cf. Ep 4, 13-15).

Dans le contexte liturgique actuel du monde latin, comment peut-on surmonter la méfiance qui demeure entre certains adeptes des deux formes liturgiques du même rite romain qui refusent de célébrer l’autre forme et la considère parfois avec un certain mépris ?
Abîmer la liturgie, c'est abîmer notre rapport à Dieu et l'expression de notre foi chrétienne. Le Cardinal Charles Journet affirmait : « La liturgie et la catéchèse sont les deux mâchoires de la tenaille par laquelle le démon veut arracher la foi au peuple chrétien et s'emparer de l’Église pour la broyer, l'anéantir et la détruire définitivement. Aujourd'hui encore, le grand dragon est aux aguets devant la femme, l’Église, prêt à dévorer l'enfant. » Oui, le diable veut nous opposer les uns aux autres au cœur même du sacrement de l'unité et de la communion fraternelle. Il est temps que cessent le mépris, la méfiance et la suspicion. Il est temps de retrouver un cœur catholique. Il est temps de retrouver ensemble la beauté de la liturgie, comme nous le recommande le Saint-Père François, car, dit-il, « la beauté de la liturgie reflète la présence de la gloire de notre Dieu resplendissant en son peuple vivant et consolé » (Homélie de la Messe chrismale du 28 mars 2013).

Comment avez-vous vécu votre séjour exceptionnel à la Grande chartreuse ?
Je remercie Dieu de m’avoir accordé cette grâce exceptionnelle. Et comment taire toute la gratitude de mon cœur et mon immense merci à Dom Dysmas de Lassus pour son accueil si chaleureux. Je voudrais aussi lui demander humblement pardon pour toute la gêne que j’ai pu provoquer durant mon séjour chez lui. La Grande chartreuse est la maison de Dieu. Elle nous hisse vers Dieu et nous dépose face à Lui. Tout y est offert pour rencontrer Dieu : la beauté de la nature, l’austérité des lieux, le silence, la solitude et la liturgie. Même si j’ai l’habitude de prier la nuit, l’office nocturne de la Grande Chartreuse m’a profondément impressionné : l’obscurité était pure, le silence portait une Présence, celle de Dieu. La nuit nous cachait tout, nous isolait les uns par rapport aux autres, mais elle unissait nos voix et notre louange, elle orientait nos cœurs, nos regards et notre pensée pour ne regarder rien d’autre que Dieu. La nuit est maternelle, délicieuse et purificatrice. L’obscurité est comme une fontaine d’où nous sortons lavés, pacifiés et plus intimement unis au Christ et aux autres. Passer une bonne partie de la nuit à prier est régénérateur. Cela nous fait renaître. Ici, Dieu devient vraiment notre Vie, notre Force, notre Bonheur, notre Tout. Je ressens un grand sentiment d’admiration pour saint Bruno qui a comme Elie conduit tant d’âmes à cette Montagne de Dieu pour écouter et voir « la voix d’un silence subtil » et se laisser interpeller par cette voix qui nous dit : « Que fais-tu là, Elie ? » (1 R 19, 11-13).

Propos recueillis par Christophe Geffroy

1) Cardinal Robert Sarah, avec Nicolas Diat, La force du silence.& 8200;Contre la dictature du bruit, Fayard, 2016 (à paraître le 3 octobre), 378 pages, 21,90 €.
 
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