Gwen Garnier-Duguy, qui a dirigé l’ouvrage collectif Oser agir chrétien (1), nous explique son projet.
La Nef – De quoi est née l’idée de ce livre ?
Gwen Garnier-Duguy – L’idée de ce livre est venue grâce au dialogue régulier que nous entretenons avec les amis Falk van Gaver, Matthieu Baumier, Jacques de Guillebon. Un constat nous a sauté aux yeux : ces trois dernières années, de nombreux intellectuels sont comme sortis de leur réserve vis-à-vis de l’importance qu’occupe la dimension chrétienne dans leur propre vie. Les « aveux » se sont multipliés. Ici on explique comment on redevient chrétien. Là on s’affirme clairement catholique. Ailleurs on revisite le modèle du Christ comme réponse à la surenchère moderne de la violence. Toutes ces voix ont pris position dans des livres séparés. Il semblait capital de rassembler ces voix qui, soudain, osaient. Malheureusement, l’idée d’un aveu collectif fait peur.
J’ajoute que ce livre a un grand frère. En 2003, Jacques de Guillebon avait mené un travail semblable, publiant un livre collectif au titre-Manifeste : Vivre et penser comme des chrétiens. Nous avons constaté que depuis ce premier livre, et dans le sillage du 11 septembre, de nombreux intellectuels se sont dévoilés quant à l’importance du substrat chrétien dans leur vie. Considérant que ce dévoilement quasi-simultané ne pouvait pas être le fruit du hasard, il semblait fondamental de poser la question de l’Agir chrétien par rapport à l’avenir. Le christianisme peut-il jouer un rôle à l’échelle individuelle et globale contre le nihilisme organisé pour reprendre l’expression de Roberto Mangú ? Il s’est agi de susciter des témoignages et de rassembler des propositions.
Que ressort-il des différentes contributions ?
Il me semble que ce livre révèle d’abord, d’une façon générale, l’émergence d’une jeunesse intellectuelle chrétienne qui entend prendre part aux grandes questions et aux grands débats qui s’abattent sur la société. Exit le travail de sape effectué par la génération de Mai 68 qui, en fait de génération, n’a engendré que du vide. La peur de la disqualification par la pensée officielle est conjurée. Une volonté réelle de construire un monde soulagé des défauts du passé se fait jour. Le Christ réapparaît ici comme celui qui a vaincu le monde, c’est-à-dire comme celui qui n’a pas transigé sur les valeurs fondamentales qui peuvent faire d’un être humain un Homme débout.
Il ressort ensuite que le christianisme est un réel agent de métamorphose. Quelque chose court à travers toutes ces voix, qui rafraîchit l’image que l’on se fait d’un christianisme bigot, ravi de la crèche. En regard d’une bourgeoisie chrétienne qui neutralise la force de rébellion du message christique, en regard d’un monde laïcard qui s’ingénie à déconstruire l’Homme et le monde, les voix dans ce livre forment un étoilement de propositions, philosophiques, morales, théologiques, sociales, artistiques, politiques qui redonnent une vision adulte de l’existence humaine. La dimension théologale est appelée à tous les étages du grand corps d’humanité, du coup recentré sur la nécessité de construire du sens qui élève.
Quel bilan en tirez-vous pour le présent et l’avenir du christianisme ?
Je reprends ici la réponse de Thierry Ardisson : « L’avenir du christianisme pour moi est évident parce que tout le monde en est imbibé. » Voilà qui est le bon sens même. Le christianisme a un avenir parce qu’il a un présent profondément enraciné dans toutes les structures humaines. Il a un avenir parce qu’il est aussi une morale, c’est-à-dire un mode d’être, d’action ; une attitude pouvant constituer une réponse valable, d’abord individuelle, au désarroi face au monde actuel.
La dimension individuelle est fondamentale car se sont toujours des individus, des singularités, que naissent les changements profonds qu’appelle le monde.
Ensuite, contre