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« Une libération spirituelle »

Editorial

Christophe Geffroy

Source :La Nef n°197 de octobre 2008
Ce premier voyage de Benoît XVI en France en tant que pape avait un caractère particulièrement émouvant. La ferveur des catholiques, la présence d’une forte majorité de jeunes au recueillement exemplaire, les forts messages du pape ont fait de ces journées trop brèves un moment exceptionnel. Les Français ont pu reconnaître de visu l’intelligence, la profondeur et l’extrême délicatesse de Benoît XVI qui les a largement séduits – seuls les quelques indécrottables et habituels laïcistes haineux sont restés réfractaires à sa personne.
Benoît XVI, depuis son élection, trace un profond sillon et, loin de l’agitation médiatique, donne à l’Église, dans la continuité de Jean-Paul II, les moyens de sa renaissance. On ne peut encore dire l’influence qu’aura son voyage en France, on peut en revanche retenir les points forts de son enseignement que notre dossier de ce mois examine en détail. Je voudrais insister ici sur trois aspects.

D’abord, sur sa critique du monde moderne, particulièrement aux Bernardins, où il a expliqué à un public sans douté médusé par sa hauteur spirituelle, que toute véritable culture, et partant toute civilisation, s’appuyait sur la recherche de Dieu. Ailleurs, il a eu des mots très durs contre la toute puissance de l’Argent, nouvelle idole de l’époque, et contre l’esprit de possession et de consommation qu’elle suscite. Au moment où nous subissons une grave crise du système libéral mondial, il n’est pas anodin que Benoît XVI ait défendu la nation et son identité culturelle, et qu’il ait estimé que c’est à l’État « de légiférer pour éradiquer les injustices ».

Sur les rapports en France de l’Église avec l’État, ensuite, le pape a pris acte de la bonne volonté de Nicolas Sarkozy qui avait déjà lancé au Latran, en décembre 2007, son expression de « laïcité positive ». Lors de l’audience du 17 septembre, Benoît XVI commentait son voyage et répondait au président français : « L’authentique laïcité n’est donc pas de faire abstraction de la dimension spirituelle, mais de reconnaître que celle-ci est précisément, de manière radicale, la garante de notre liberté et de l’autonomie des réalités terrestres, grâce aux préceptes de la Sagesse créatrice que la conscience humaine sait accueillir et mettre en œuvre. » Pour le pape, la véritable laïcité ne peut se passer d’un « consensus éthique fondamental » qui seul peut apporter des limites au pouvoir de l’homme ; faute d’un tel consensus, la loi de la majorité n’a plus de frein et le relativisme règne en maître. La difficulté est de parvenir à ce consensus et c’est là qu’intervient la raison qui est capable de comprendre qu’il existe une nature humaine et donc une loi naturelle valable pour tous, quelle que soit la religion ou la croyance professée : c’est le seul socle commun susceptible d’être admis par tous dans une société démocratique pluraliste. À l’heure où le gouvernement est appelé à légiférer sur des questions bioéthiques ou familiales, il serait temps de donner un contenu objectif à ce « consensus éthique » qui puisse limiter les prétentions les plus extrêmes qui avancent au nom de la « science » ou de la « liberté ».

Enfin, sur la liturgie, chacun a pu remarquer son passage sur le motu proprio Summorum Pontificum dans son discours aux évêques à Lourdes. Il est difficile de ne pas y voir une incitation à être plus ouvert et à ne pas avoir peur de la forme extraordinaire du rite romain et des fidèles qui y sont attachés. « Nul n’est de trop dans l’Église », leur a-t-il dit et il a ajouté que ce motu proprio avait bien pour but de conduire à « l’indispensable pacification des esprits ».
Mais sur l’Eucharistie, Benoît XVI a délivré un autre message, pas moins important même s’il a été moins remarqué : tout simplement l’exemple qu’il a lui-même donné lors des vêpres et des messes qu’il a présidées durant ces quatre jours en France. Il a montré concrètement combien la forme ordinaire pouvait être célébrée 
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