Jean-Marie Paupert, l’un des tout derniers grands écrivains catholiques, polémiste de haut vol, chroniqueur historique de La Nef, est décédé le 24 juin dernier. Nous lui rendons ici l’hommage que son immense talent méritait.
J’ai connu Jean-Marie Paupert au printemps 1990. Comment ? Tout simplement en décrochant mon téléphone et en sollicitant un rendez-vous qu’il m’a immédiatement accordé. Nous avions alors en projet la création de La Nef, mais l’affaire était loin d’être gagnée. Beaucoup, autour de nous, nous déconseillaient cette aventure jugée trop risquée. En contactant Jean-Marie Paupert, je caressais le rêve de l’enrôler parmi nous et d’en faire le principal chroniqueur de la future revue. Il ne me connaissait pas et la seule recommandation dont je pouvais disposer était celle de Pierre Debray, le fondateur des « Silencieux de l’Église » qui animait alors une remarquable lettre intitulée Le courrier hebdomadaire de Pierre Debray. J’avais abordé Pierre Debray, peu de temps avant, au cours d’une Journée d’Amitié française de Bernard Antony où il tenait un stand. Je savais qu’il était très proche de Jean-Marie, car leur amitié était de notoriété publique (Pierre Debray l’avait défendu dans Aspects de la France dans un retentissant article « Faut-il brûler Paupert ? ») : le personnage, grand tribun proche de l’Action française, était truculent et fort sympathique ; après lui avoir exposé mon projet, il convint que Jean-Marie était l’homme qu’il nous fallait et il me donna son numéro.
C’est ainsi que mon épouse et moi nous trouvâmes un samedi après-midi au 17 quai Voltaire, reçus par Jean-Marie et son inimitable et attachante « Catho ». Jean-Marie s’enthousiasma immédiatement pour ce projet et accepta sans hésiter la chronique mensuelle que je lui proposais. Mieux, il me conseillait et me mit en contact avec des personnes compétentes pour nous aider, notamment Jacques Bordelais dont l’agence réalisait la première maquette de La Nef. Nous parlions des heures, « Catho » nous servit un dîner improvisé et nous nous quittâmes à onze heures du soir.
Un chroniqueur exceptionnel
Quelques mois plus tard, en décembre 1990, Jean-Marie inaugurait le n°1 de La Nef par une longue chronique-programme retentissante au titre paradoxal et révélateur : « Mgr Lefebvre : impossible mais nécessaire ». Sa collaboration ne s’est arrêtée qu’en juillet 2006 : quasiment aveugle et immobilisé, il ne pouvait plus lire ni écrire, ce qui fut pour lui un dur calvaire, après la mort de son épouse en 2002 qui l’avait laissé totalement désemparé.
Assurément, Jean-Marie a marqué La Nef de son empreinte, ses chroniques ayant un ton unique et inimitable dans la presse catholique. Il était convenu entre nous que ses chroniques n’engageaient que lui et que lui-même n’était pas lié par ce qui se publiait dans la revue. Les lecteurs avaient bien souvent du mal à comprendre qu’il bénéficiait là d’un véritable « espace de liberté » dont il a largement profité – et nous avec. Mais son ton enlevé, son style très marqué qui usait, selon ses propres termes – lui qui se définissait comme « un artisan du mot » –, d’une « langue verte, grasse et drue » qui est celle du vrai peuple, dans laquelle il mêlait « archaïsmes ou préciosités » à une « syntaxe classique ou baroque » (1), la violence avec laquelle il s’en prenait aux médiocres et aux lâches, fussent-ils ministres ou évêques, tout cela nous valait chaque mois un abondant courrier, partagé entre une partie de fidèles lecteurs ravis d’être ainsi réveillés de la torpeur ambiante par une plume dénonçant si justement les maux de l’époque, et quelques abonnés régulièrement choqués, parce qu’ignorant la tradition pamphlétaire catholique à laquelle des Bloy, Huysmans, Bernanos, etc. ont redonné ses lettres de noblesse. Contre ses derniers, qui n’envisagent l’Évangile que comme un robinet d’eau tiède ou « qui ont une étrange