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A l'école de Benoît XVI

Christophe Geffroy

Source :La Nef n°177 de Décembre2006
Editorial

La généreuse reconnaissance de l’Institut du Bon Pasteur et, surtout, l’annonce d’un document du pape donnant un plus libre accès aux anciennes formes liturgiques ont suscité à la fois une immense espérance, mais aussi émoi, inquiétude et même polémiques. Ces réactions, d’un côté ou de l’autre, étaient sans doute prévisibles. Je ne sais quand ce texte sur la messe sera publié, je ne connais pas son contenu, je sais en revanche que la volonté qui anime notre pape n’est pas d’ajouter à la division et à la confusion, mais au contraire de contribuer par une telle mesure à la pacification des esprits, à la paix liturgique. À nous tous qui avons un mot à dire sur cette question et quelques auditeurs pour les entendre – écrivains, journalistes, prêtres, évêques,… –, je pense que nous avons une immense responsabilité, celle de nous immerger dans l’esprit de Benoît XVI, d’essayer de comprendre les motivations des uns et des autres, et d’être artisans de paix pour qu’entre catholiques nous puissions débattre de ces questions dans la charité.
Pour apaiser les esprits, il me semble que quelques points assez simples méritent d’être rappelés.

D’abord, il est absolument évident que, quel que soit le texte que Benoît XVI promulguera sur la liturgie, cela ne signifiera en rien une quelconque remise en cause du concile Vatican II. Des craintes se sont exprimées à cet égard, mais elles sont totalement infondées, ne s’appuient sur rien et révèlent même une totale méconnaissance de la pensée profonde du pape. Sur le dernier concile, Benoît XVI a prononcé un discours d’une importance capitale : celui à la Curie romaine, le 22 décembre 2005. Dans ce discours, il explique que la réception du concile a été faussée par l’opposition de deux herméneutiques d’interprétation, « l’herméneutique de la discontinuité et de la rupture » et « l’herméneutique de la réforme, du renouveau dans la continuité ». La première interprétation est très majoritairement celle de ceux qui, s’appuyant sur un prétendu « esprit du concile », vont bien au-delà des textes pour affirmer une nette rupture du Magistère, afin de se débarrasser d’un passé abhorré qu’ils ne comprennent pas ; pour ce courant « novateur », l’Église véritable n’est sortie de l’obscurantisme qu’avec Vatican II. Mais cette « herméneutique de la discontinuité » est également – de façon inversée – celle du courant traditionaliste proche de la Fraternité Saint-Pie X : le vrai Magistère se situe avant Vatican II et il y a depuis une rupture qui oblige à trier dans l’enseignement post-conciliaire.
Face à ces dérives, la seule position catholique est celle de la continuité du Magistère explicitée par Benoît XVI le 22 décembre 2005. Et si quelques points heurtent certains, il s’agit alors d’« avoir une attitude positive d’étude et de communication avec le Siège apostolique, en évitant toute polémique » (1). Que l’on ne s’y trompe pas, cela ne signifie nullement que le pape admette l’idée d’une quelconque rupture, puisqu’il explique que les contradictions relevées ne peuvent être qu’apparentes, notamment sur la question controversée de la liberté religieuse sur laquelle sa pensée est très claire : « Le concile Vatican II… a repris un patrimoine plus profond de l’Église. Celle-ci peut être consciente de se trouver ainsi en pleine syntonie avec l’enseignement de Jésus lui-même (cf. Mt 22, 21) ». Nul n’est habilité à faire le tri dans l’enseignement de l’Église en fonction de ce qu’il croit juste ou non, et encore moins à se faire le juge de ce qui serait conforme ou non à la Tradition. Il y a une humilité à recevoir filialement le Magistère, non pas en automate, mais en utilisant notre raison avec un esprit de foi et une confiance surnaturelle en l’Église qui n’impose rien allant contre la raison bien éclairée.

Il est plaisant de voir aujourd’hui combien Benoît XVI suscite l’adhésion dans une large frange de l’Église, bien au-delà de l’aile 
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