Editorial
Le débat sur les 35 heures – votées en première lecture à l’Assemblée le 19 octobre – est révélateur du décalage croissant entre le langage et la réalité. Ce décalage, on le retrouve quasiment systématiquement dans le discours politique. Il permet de défendre une idée populaire et, en pratique, de faire l’inverse de ce que l’on affirme. Les partisans de l’avortement ne parlent jamais que d’« IVG » en niant que cela soit purement et simplement le meurtre d’un innocent. Les adeptes de l’Europe fédérale n’ont jamais expliqué aux électeurs que la voie actuellement suivie conduit à aliéner l’indépendance nationale. Il en va de même des 35 heures. Cette mesure est défendue par Martine Aubry pour lutter contre le chômage. Or, chacun sait que, dans le meilleur des cas, les 35 heures seront peu créatrices d’emplois. En revanche, elles contribuent à augmenter les charges des entreprises, donc à obérer leur compétitivité. A l’arrivée, rien ne prouve qu’elles auront une influence positive sur le chômage.
La vérité est que le gouvernement socialiste – comme les précédents d’ailleurs – travaille dans un univers artificiel totalement déconnecté des réalités. Pour nos politiques, le mot fait la chose. Et leur souci n’est plus le service d’un bien commun dont ils ne parlent jamais, mais leur cote de popularité mesurée à l’aune des sondages en vue des prochaines élections. Alors qu’importe que les 35 heures ne créent pas d’emploi, l’intérêt de la mesure étant de satisfaire une clientèle électorale.
Aujourd’hui, la principale cause du chômage est le poids des prélèvements obligatoires, et plus particulièrement celui des charges sociales qui pèsent sur les entreprises. La comparaison avec les principaux pays industrialisés est sans appel : ceux dont le taux de chômage est le plus faible sont globalement ceux dont les prélèvements d’Etat sont les plus bas. Avec presque 50 % de prélèvements obligatoires – ce qui signifie concrètement que la moitié de la création de richesse en France est prélevée par l’Etat ou l’un de ses organismes –, la France est l’un des pays où le citoyen est le plus taxé au monde. Elle est aussi l’un des pays d’Europe qui connaît le plus fort taux de chômage. Comment ne pas voir le lien ?
Les 35 heures risquent d’avoir un autre effet dont on ne parle pas – et pour cause : celui d’accroître les inégalités dans la société entre plusieurs catégories de personnes. En effet, en simplifiant, on peut distinguer les trois groupes suivants :
Il y a d’abord les salariés de l’administration et des grandes entreprises : ils sont les principaux bénéficiaires des 35 heures. Ils forment aussi une majorité électorale qu’il convient de ne pas décevoir.
Il y a ensuite ceux qui insufflent à l’économie son dynamisme : cadres, artisans, commerçants, chefs d’entreprise, professions libérales, etc. Ils ne sont guère concernés par les 35 heures, leur horaire hebdomadaire dépassant souvent les 50 heures. Et les 35 heures ne contribueront en rien à alléger leur temps de travail. Au contraire. Bien qu’ils soient d’importants moteurs de l’économie, nos gouvernements ne se préoccupent guère d’eux puisqu’ils ne représentent qu’une minorité électorale corvéable à merci.
Il y a enfin les exclus du système dont le nombre, hélas ! ne baisse pas : chômeurs, SDF, etc.
Vues dans cette perspective, les 35 heures n’apparaissent guère comme une priorité politique. En voulant faire démagogiquement du « social », les socialistes ne cessent de faire le jeu d’un libéralisme pur et dur étranger à notre tradition nationale et à nos mentalités. Et j’ajouterais : non compatible avec la doctrine sociale de l’Eglise.
L’erreur des idéologues socialistes est de n’envisager d’action sociale que décidée et contrôlée par l’Etat. Résultat ? Celui-ci, contrairement au principe de subsidiarité, se gonfle de multiples attributions qui ne sont pas de sa