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Abbaye de Chevetogne, un pont entre Orient et Occident

Source : La Nef N°296 d'octobre 2017
Le Père Lambert Vos est prieur administratif de l’abbaye bénédictine de Chevetogne, située en Belgique, dans la province de Namur, en Wallonie. Cette abbaye catholique a la particularité de rassembler en son sein des moines célébrant le rite latin et d’autres le rite byzantin.& 8200;Elle a été voulue par son fondateur, Dom Lambert Beauduin, comme un pont vers l’orthodoxie.


La& 8200;Nef – Pourriez-vous d’abord nous présenter l’abbaye de Chevetogne, son origine, son histoire et sa spécificité ?
Père Lambert Vos
– Le Prieuré de l’Union des Églises, fondé à Amay-sur-Meuse en novembre 1925, transféré à Chevetogne en juin 1939, et érigé en abbaye en décembre 1990, a vu le jour comme son nom l’indique dans le contexte du rapprochement des Églises d’Occident et d’Orient voulu par les papes Léon XIII (1878-1903), Benoît XV (1915-1922) et Pie XI (1922-1939). À cette grande œuvre, les bénédictins, antérieurs à la séparation de 1054, ont été plusieurs fois associés qu’il s’agisse du « vœu pieux » de Léon XIII de (re-)fonder leur Collège international Saint-Anselme « pour l’Orient » (1887), et de confier la direction du Collège Grec de Rome aux soins de l’Ordre bénédictin (1897), ou de nommer l’abbé de Saint-Paul-hors-les-Murs, Ildephonse Schuster, président (1919) du nouvel Institut Oriental (1917).

Le monastère de Chevetogne est atypique, en ce sens qu’il n’est pas l’essaimage naturel d’une communauté florissante, mais bien l’œuvre d’un seul homme, Dom Lambert Beauduin (DLB), en vue d’un but particulier : l’union des Églises.

Arrivé à Rome fin octobre 1921, pour enseigner la théologie fondamentale (l’apologétique comme l’on disait alors) à Saint-Anselme, DLB a de suite pris la mesure de la situation, et a assez rapidement (novembre 1923) élaboré un projet de fondation monastique qui travaillerait à l’union des Églises. Son rapport est à l’origine de la lettre apostolique Equidem verba que le pape Pie XI adresse à l’abbé primat des bénédictins, le 21 mars 1924, invitant les moines « à prier instamment Dieu pour l'unité » et « à entreprendre des œuvres pour la réaliser ».

Cela dit, la vision de DLB, loin de se limiter à la seule Russie, envisage tout l’Orient ainsi que l’anglicanisme et le protestantisme, et ce dès le début.
Conscient de l’importance de l’enjeu à une époque où l’Église catholique boude ostensiblement le mouvement œcuménique naissant, DLB précise qu’« il y a là des questions d’évolution historique et de théologie positive très délicates auxquelles les moines de l’Union doivent s’intéresser et qu’ils doivent approfondir pour éviter que ces tentatives de rapprochement ne se fassent en dehors ou contre l’Église romaine ».

C’est dans cette perspective que, dès avril 1926, DLB fonde la revue Irénikon (toujours existante) pour informer, faire tomber les préjugés, préparer les esprits et les cœurs à l’unité. Et, en trois pages célèbres, il précise dans quel esprit les moines veulent travailler : ni prosélytisme, ni bienfaisance, ni conception impérialiste (Irénikon, t. I, p. 117-119)& 8200;!
DLB a très vite passé de l’unionisme envisageant l’union comme un retour des dissidents à l’Église catholique, à l’œcuménisme, travail de rapprochement en vue de l’union. L’ampleur de sa vision ne manquera pas de lui attirer des ennuis, et, en janvier 1928, l’encyclique Mortalium animos sonnera le glas de l’œcuménisme catholique. Menacée dans ses fondements, la communauté n’en continuera pas moins à travailler avec prudence au rapprochement des Églises et verra ses efforts couronnés au concile Vatican& 8200;II.

Comment se répartissent les moines au sein de l’abbaye entre liturgies latine et byzantine ?
La communauté de Chevetogne est actuellement composée de 27 moines, provenant d’une dizaine de nationalités, tous catholiques, se répartissant en deux groupes liturgiques de 
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