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Afrique, un avenir incertain

François-Georges Dreyfus

Source :La Nef n°213 de mars 2010
On parle assez peu de l’Afrique. Il est vrai que ce continent qui groupe près de 15 % de la population mondiale ne représente que 2 % du commerce international et a connu, des années 1950 à 2008, une croissance très inférieure à celle de l’Amérique latine et, surtout, de l’Asie : 2 %, contre 3 et 5 % en moyenne. Si l’Afrique était un désert sans ressources, tout cela pourrait se comprendre. Ce n’est pas le cas. Il est vrai que les États de l’Afrique orientale comme le Soudan, la Somalie, le Kenya ou la Tanzanie, sans compter le Rwanda, sont des champs de bataille permanents depuis une vingtaine d’années, qui ont causé 6 à 8 millions de morts.

L’Afrique sub-saharienne, depuis l’indépendance, est dominée par les affrontements ethno-religieux innombrables. Des conflits analogues à ceux entre Hutus et Tutsis se retrouvent dans toute l’Afrique. Dans les années 80, les éditions de la Découverte publièrent des cartes ethnographiques du monde. Il suffit de les regarder pour comprendre les crises en Côte d’Ivoire, au Nigeria, en ex-Congo belge, en Angola, au Zimbabwe, ou encore au Soudan. L’Afrique centrale, c’est une centaine d’ethnies qui ont chacune tendance à s’administrer de manière autonome sans tenir compte de leur appartenance nationale et de l’intérêt supérieur de l’État auquel elles appartiennent. Ces ethnies existaient au temps de la colonisation, mais le pouvoir blanc imposait – quelquefois brutalement – une politique en définitive favorable à l’intérêt général. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Quand une ethnie est dominante, elle s’approprie généralement tout le pouvoir au détriment des ethnies voisines, ce qui explique les innombrables conflits de l’Afrique de l’Ouest, Liberia, Sierra Leone ou encore Côte d’Ivoire ou Tchad, Kenya ou Tanzanie. À cela s’ajoute ce dont on préfère ne pas parler, les conflits religieux. Il y a en Afrique quatre grandes communautés religieuses, islam, protestantisme, catholicisme et animisme.

Dans les États à religion dominante, les problèmes ne se posent guère. Cela concerne essentiellement les États maghrébins et l’Afrique du Sud. L’Église catholique joue certainement un rôle important dans certains États d’Afrique occidentale, dans le bassin du Congo ou encore à Madagascar. Grâce au poids du Vatican, et à la qualité de la hiérarchie catholique, le monde romain arrive à se développer. Mais il faut être conscient de ce qui se passe dans le bassin du Congo, en Afrique orientale, ou à Madagascar. L’animisme demeure très important et son poids est en quelque sorte renforcé par les communautés évangéliques, inspirées et financées par les États-Unis, qui n’hésitent pas à s’appuyer sur les milieux animistes. En fait se développe dans ces régions ce que l’on nous permettra d’appeler le christo-animisme et l’on voit tel prêtre ou tel président de communauté évangélique se faire enterrer selon les rites de son ethnie. Les crises du Nigeria se développent essentiellement aux confins des zones musulmanes et chrétiennes. Le conflit du Darfour est autant un conflit interethnique qu’interreligieux. Il fallait être aussi insensé que le Conseil de Sécurité de l’Onu pour envoyer les armées de l’Éthiopie chrétienne rétablir l’ordre dans une Somalie islamiste!!!

Le drame de l’Afrique est dû à son manque d’élite politique et économique. Soixante ans après l’indépendance, commence tout juste à apparaître une classe moyenne africaine. Il est vrai que les colonisateurs européens, particulièrement les Belges et les Portugais, n’ont pas songé à constituer dans leurs possessions l’équivalent du « Civil Service » de l’Empire des Indes. Dans le cas de la France, on oublie un peu trop que l’AOF et l’AEF, pourtant constituées au début du XXe siècle, n’ont commencé à être véritablement mises en valeur qu’après la conférence de Brazzaville de 1944. Il est significatif que le réseau ferré d’AOF et d’AEF fût en 1938 trois fois moins important que celui du Nigeria, deux fois moins que celui 
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