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Agriculture et mondialisation

François-Georges Dreyfus

Source :La Nef n°229 de septembre 2011
D’ici à 2050, la population du monde va augmenter de 20 % et atteindre 9 milliards d’individus. Certes ni l’Europe, Russie comprise, ni l’Amérique du Nord ne seront touchées par cette explosion. Bien plus, des États comme l’Allemagne, la Russie, l’Italie ou l’Espagne verront leur population baisser fortement. L’explosion démographique touchera l’Afrique, l’Asie et l’Amérique indo-latine. Dès à présent, la population de ces trois continents demeure mal nourrie et les mutations climatiques entraînent des famines importantes : en Inde, dans la Corne de l’Afrique, en Afrique sahélienne et en Amérique latine.

Comment l’agriculture doit-elle réagir devant cette expansion démographique ? Il est vrai que 75 % de l’agriculture mondiale fonctionne encore aujourd’hui selon des méthodes quasi anciennes. En apparence, des gains de productivité considérables peuvent être instaurés. Ce n’est pas si simple que cela. Au Moyen-Orient, le rendement des cultures maraîchères et fruitières, l’exploitation des forêts offrent en Israël le double ou parfois le triple des recettes que connaissent les agricultures arabes voisines. Il est intéressant de constater que les voisins d’Israël dans les pays méditerranéens n’ont pas été capables – ou n’ont pas voulu – réformer leurs méthodes traditionnelles. Cela est aussi vrai de la Roumanie ou de la Bulgarie que de la Turquie, la Syrie ou l’Égypte. Incontestablement, cela est dû largement à un certain mépris du monde agricole.

Aujourd’hui, l’agriculture alimentaire est menacée. Tout d’abord, comme le soulignent les écologistes, dans les régions développées, on a vu ces dernières décennies des consommations de viande considérablement augmenter, déséquilibrant la répartition des sols, au profit de l’élevage, au détriment des céréales. Ensuite, souligne l’Inra dans un rapport récent, de plus en plus de terres sont consacrées à la production de produits de substitution aux hydrocarbures, diminuant d’autant la part des sols destinés à l’alimentation. Naturellement, il ne faut pas négliger l’évolution climatique. Le réchauffement entraîne de plus en plus de sécheresse.

Tout cela entraîne une dégradation des sols, accélérant la mutation chimique de l’eau. Là encore, les diverses méthodes d’irrigation, pas toujours bien comprises dans les pays développés, ne sont pas bien suivies dans les pays en développement. L’agriculture, on le sait, est entièrement liée à l’utilisation de l’eau. Celle-ci devient un élément non négligeable de la géopolitique. Par exemple, il faut être conscient que la reconnaissance d’un État palestinien réduirait de 40 à 50 % les possibilités aquifères de l’État d’Israël. L’eau est aussi en concurrence entre l’agriculture et l’énergie. Le cas du Mékong est particulièrement significatif. La Chine a besoin d’énergie et veut donc installer une série de barrages hydroélectriques sur le fleuve. Or cela affaiblit les potentialités en eau (en Thaïlande, au Laos, au Vietnam et au Cambodge). On constate dès à présent une hausse de la salinisation des eaux et des sols dans le delta du Mékong. Il faut d’autre part mettre en avant l’achat de plusieurs millions d’hectares de sols alimentaires en Afrique par la Chine et les monarchies arabes, qui exploitent avec une méthode néocolonialiste dramatique les paysans noirs. Bien plus, on constate que certaines universités américaines, en particulier Harvard, achètent des millions d’hectares au profit de leur fond de développement (en Tanzanie, au Sud Soudan et en Éthiopie notamment). « Il semble évident que ces exploitations créeront peu d’emplois et évinceront des milliers d’occupants ».

L’agriculture de demain, si elle veut jouer son rôle, doit s’engager dans de nouvelles politiques. Tout d’abord renforcer considérablement une politique de formation et d’éducation des cultivateurs, les faire passer de la houe à la charrue. Par ailleurs, constituer de vrais réseaux de haute formation technique, 
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