Vingt-six ans, belle comme un sourire, jeune diplômée de la Sorbonne, elle travaille depuis peu pour une agence de voyage. Rien ne la diffère des Parisiennes de son âge mis à part un petit détail : ses colocataires ! Elles ne viennent pas de quitter leurs parents, mais la rue ou des foyers sociaux. Habituées à la solitude, voilà cinq anciennes SDF dans le même appartement que quatre jeunes filles bien décidées à tout faire pour qu’elles se sentent chez elles.
« Ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, ce qu’il a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi », se répète joyeusement Aliénor Cambournac. Du bonheur de faire une tarte aux poires avec Paulette ou de se faire battre au scrabble par Michelle, cette collocation lui offre « la chance formidable d’une vie simplifiée ».
Tout commence en 2006. Deux jeunes, Étienne et Martin échangent leur souhait de se mettre en collocation avec des personnes de la rue. Trouver un lieu de vie commune où chacun pourrait retrouver sa dignité et un peu de chaleur après des années de souffrance. Le projet se concrétise avec l’accord du curé de Notre-Dame des Blancs Manteaux qui leur prête un espace au presbytère. Puis en décembre 2008, quand l’école Cathédrale déménage aux Bernardins, le diocèse leur propose d’occuper l’immeuble de la rue du Cloître pendant sa vacance. L’association APA (Association pour l’Amitié) voit alors le jour et une branche féminine est créée. Aliénor, très vite emballée par le projet, participe à l’ouverture de la maisonnée des dames et en prend, neuf mois plus tard, la responsabilité.
Ces personnes « de la rue » leur sont confiées par des associations spécialisées comme le Secours Catholique ou Emmaüs qui restent en contact avec elles pour travailler à leur réinsertion sociale et professionnelle. Chacun paie le loyer à la mesure de ses moyens, les corvées sont partagées, les chambres sont individuelles : une vraie vie de collocs en somme… Aujourd’hui, APA compte six maisonnées à Paris regroupant une cinquantaine de personnes.
Mais l’aventure est avant tout chrétienne. « Nous avons la grande grâce d’avoir la présence réelle dans nos locaux », s’émerveille Aliénor. Une marque de confiance que leur ont très tôt témoignée les évêques du diocèse. Chaque matin, tous les bénévoles se retrouvent dans une petite chambre aménagée en chapelle. Ensemble, ils prient les Laudes avant de partir au travail. La porte reste ouverte pour tous ceux dont ce rituel attiserait la curiosité.
À l’occasion, l’association organise des week-ends ou semaines de vacances : à Paray-le Monial, sur les routes de Saint-Jacques de Compostelle, au Puy-du-Fou, à l’Arche ou encore à Lourdes. Toujours dans une atmosphère amicale et heureuse !
Tous les dimanches un grand déjeuner est organisé à Notre-Dame des Blancs Manteaux. Ouvert à tous, ce repas permet à de futurs bénévoles ou amis de se rencontrer, de faire la connaissance de personnes sans domicile et de créer des liens. « C’est un lieu de conversion pour tous, reconnaît Aliénor. Ces moments privilégiés nous sortent de la logique de consommation. C’est un vrai retour à l’essentiel. »
Aliénor sait que certaines personnes ne comprennent pas son mode de vie. Donner tous ce temps aux SDF, est-ce vraiment la place d’une jeune fille ? Se donner n’est pas une notion vide de sens pour celle dont la sœur jumelle est dominicaine à Fribourg. « Au-delà des tensions et des peines que je peux rencontrer, je fais l’expérience du don mutuel et d’une joie qui ne passe pas », confie-t-elle.
Et, aussi surprenant que cela puisse paraître, ce ne sont pas les bénévoles qui manquent mais les locaux. Le diocèse ne peut les héberger rue du Cloître que jusqu’à début juin. Il leur faut donc trouver de nouvelles maisonnées de façon à ce que l’aventure ne s’arrête pas faute de place. L’association recherche des appartements à taille humaine où