En s’attaquant à la flottille « pseudo-humanitaire », Israël s’est tiré une balle dans le pied. Depuis l’annonce de la création d’un foyer national juif en 1917, Israël vit dans l’ambiguïté. De 1898 (apparition du mouvement sioniste) à 1933, alors que deux millions de Juifs émigrent en Amérique ou en Europe occidentale, moins de 10 % s’installent en Palestine. Dès le début, on assiste à un rejet brutal des colonies juives par la population arabe dont les terres sont rachetées à vil prix. Il faut se rappeler aussi que les élites actuelles de l’État d’Israël et les capitaux à l’origine de la prospérité israélienne sont nés des accords Ha’Arava signés entre Eichmann et les sionistes en 1933, permettant aux juifs allemands émigrants en Palestine d’y transférer leurs avoirs, contribuant ainsi à l’exceptionnel développement agricole, industriel et technologique d’Israël.
La Shoah va modifier cette situation. En 1948 est créé l’État d’Israël, morcelé, qui va pouvoir s’unifier après la défaite des armées arabes. Les territoires laissés à la population arabe sont alors annexés par la Jordanie, ce qui souligne le caractère très artificiel d’un État palestinien. Après la guerre des Six-Jours, ces territoires sont rattachés à Israël et on assiste a contrario à la naissance de l’OLP.
Dès cette époque, Israël outrepasse les décisions des Nations Unies. C’est ainsi que Jérusalem est autoproclamée capitale d’Israël. Dès lors, l’État d’Israël va faire preuve d’un expansionnisme inconsidéré, qui lui vaut d’être condamné à plusieurs reprises par l’ONU. Israël n’en tient aucun compte et, à la suite des États-Unis, l’Occident soutient la politique israélienne. Aujourd’hui, au prétexte d’une importante expansion démographique, Israël favorise l’expropriation par les Juifs, d’immeubles, de terres appartenant à des Arabes, malgré les condamnations répétées des Nations Unies. À plusieurs reprises, les ultra-orthodoxes et nationalistes israéliens n’hésitèrent pas à employer des moyens illégaux pour faire pression sur le gouvernement (assassinat de Rabin couvert par un rabbin ultra-orthodoxe) ou sur le gouvernement américain.
Il est incontestable que, jusqu’à présent, l’alliance américaine a protégé Israël. Les milieux pro-sionistes aux États-Unis représentent une très forte minorité de la population, ce qui entraîne nécessairement dans ce pays, où l’on vote tous les deux ans, le fait de tenir compte de l’opinion publique profondément anti-arabe. C’est le grand problème des États-Unis au Moyen-Orient. Depuis la Seconde Guerre mondiale, ils se sont substitués aux Britanniques. Malheureusement, leurs agents au Moyen-Orient n’ont pas les mêmes compétences que les agents britanniques. D’un côté, on soutient nombre d’États arabes (Arabie Saoudite, Jordanie, Égypte, Liban et même Syrie), de l’autre on soutient à fond Israël, ce qui entraîne un désamour de plus en plus profond des populations arabes face à leurs dirigeants.
Avec une grande sagesse, Israël s’était rapproché d’un État musulman pro-occidental et relativement démocratique, la Turquie. Elle y exerçait son armée et cherchait à construire un aqueduc de Taurus à Tel-Aviv. Manquant de bon sens, c’est le navire turc de la flottille qui a subi l’assaut le plus dur. Certes, ses passagers étaient pro-Hamas, mais il y a d’autres moyens pour stopper un navire. Cette attaque dans des eaux internationales est d’autant plus grave qu’il s’agissait pour les ONG de forcer le blocus de Gaza, condamné depuis des mois par les Nations Unies.
Ce qui est plus grave encore, c’est qu’Israël s’est mis à dos les opinions publiques des pays occidentaux sauf, peut-être, aux États-Unis. Mais surtout en se brouillant avec la Turquie, Israël oblige le gouvernement d’Ankara qui, jusqu’alors, autorisait les exercices de forces armées israéliennes sur son territoire, à se rapprocher de l’Iran et de la Syrie, dont les relations avec Israël sont particulièrement mauvaises. N’oublions pas que