Événement dans l’édition : le Cerf publie un monumental Livre noir de la révolution française qui fait le procès des horreurs de l’une des périodes les plus sanglantes de l’histoire de France et réhabilite les meilleurs auteurs
contre-révolutionnaires. À lire absolument.
Le pari était ambitieux : réaliser à l’instar du Livre noir du communisme paru sous la direction de Stéphane Courtois il y a dix ans, un tableau des horreurs de la Révolution française et une analyse de ses ressorts profonds. Le résultat est au rendez-vous et l’on peut s’attendre à d’importantes polémiques, semblables à celles qui avaient suivi la parution du modèle affiché de cet ouvrage.
Dans la somme des livres contre-révolutionnaires analysant les années qui ont suivi 1789, il faut distinguer ce qui relève de l’hagiographie ou du complotisme (comme les Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme de l’abbé Barruel) des quelques livres fondateurs sur les origines idéologiques de la Révolution – comme Les sociétés de pensée et la Révolution française, d’Augustin Cochin (1921) – ou ses conséquences génocidaires – comme La Vendée-Vengé, de Reynald Secher (1986).
Le temps était venu de prolonger ces solides et très difficilement contestables études universitaires par un ouvrage plus synthétique et encyclopédique. Voilà déjà trente ans que les travaux d’Augustin Cochin ont été sortis du purgatoire universitaire par François Furet dans Penser la Révolution française. En Sorbonne certains ont pu entendre l’écrivain George Steiner reprendre à son compte les paroles de Joseph de Maistre sur « l’ombre des lumières ». Si la Révolution française constitue malheureusement encore un étendard historique que certains politiciens sans scrupule ou hebdomadaires en manque chronique d’idées continuent régulièrement d’invoquer, on peut néanmoins attaquer frontalement ce bloc en s’appuyant sur la critique des totalitarismes et de leurs fondements.
C’est donc chose faite avec ce livre. Le porteur de cet ambitieux projet est un frère dominicain, Renaud Escande, éditeur et responsable du secteur « philosophie » aux éditions du Cerf. Il a réuni à cet effet une cinquantaine de contributions dont celles des historiens Pierre Chaunu, Emmanuel Le Roy Ladurie, Jean Tulard et de Stéphane Courtois lui-même. L’ouvrage se compose de trois grandes parties : un tableau historique des crimes et méfaits de la Révolution et de ses héritiers, une évocation des plus brillants auteurs contre-révolutionnaires et enfin une anthologie de textes saisissants.
Crimes et bouleversements
Parmi les crimes de la Révolution, il y a bien entendu celui si symbolique de l’assassinat du roi Louis XVI et de sa famille (on regrettera à ce sujet certaines faiblesses de l’article du RP Jean Charles-Roux sur Louis XVII). Sans oublier le massacre, le 10 août 1792, de leurs derniers défenseurs, les Gardes Suisses, ici évoqué par Ghislain de Diesbach. Sur un plan plus « industriel » – mais le mot n’est pas trop fort au vu des moyens d’extermination employés – l’historien Reynald Secher n’hésite pas à parler à propos des guerres de Vendée d’un « génocide selon la définition de Nuremberg, qui commence en avril 1793 et se termine avec la chute de Robespierre ». Un génocide qui a fait plusieurs centaines de milliers de victimes et qui se double à ses yeux d’un « mémoricide », niant la réalité de la volonté d’extermination des Vendéens par la Convention.
Destructrice pour notre marine de guerre (sujet fort bien traité par Tancrède Josseran) ou pour tant de nos monuments religieux, à jamais ruinés, la Révolution française a également engendré de considérables changements dans notre société par le biais du droit. Bouleversement du droit privé, et du droit de la famille en particulier, comme le démontre bien le professeur Xavier Martin dans son article sur « La question du droit révolutionnaire ». Bouleversement de notre organisation