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Avortement en Irlande : un référendum à risque

Tim O'Sullivan

Source : La Nef N°296 d'octobre 2017
L’Irlande se prépare à un référendum sur l’avortement en 2018. En 1983, les Irlandais avaient voté à 66 % pour un amendement « pro-vie », qui était aussi le « huitième amendement » à la Constitution irlandaise. Il y avait déjà une loi interdisant l’avortement, mais le mouvement « pro-vie » de l’époque voulait y ajouter une protection constitutionnelle. Le vote de 1983 avait été précédé d’un débat passionné et controversé qui avait duré plus de deux ans. L’amendement fut finalement accepté en dépit de l’opposition implacable des médias. Depuis lors, il y a eu une certaine libéralisation de la loi sur l’avortement, notamment en 2013, quand une nouvelle loi a permis l’avortement en cas d’urgence médicale pour la mère, mais l’État irlandais continue dans une large mesure à reconnaître les droits de l’enfant à naître.
Le mouvement pro-vie, Pro-Life Campaign (PLC), maintient que le huitième amendement a sauvé des milliers de vies humaines en Irlande. Certes, les Irlandaises peuvent se faire avorter en Angleterre, mais partir à l’étranger complique les choses, ce qui permet à un certain nombre de femmes d’y renoncer. On estime que le taux d’avortements des Irlandaises en Grande-Bretagne est environ à 25 % du taux britannique, où une grossesse sur cinq se termine par un avortement.

Depuis quelques années, une campagne très forte se développe pour l’abrogation du huitième amendement. Elle jouit du soutien des médias, y compris de RTÉ, la chaîne publique de télévision et de radio, ainsi que du milliardaire américain George Soros, qui finance Amnesty International et d’autres organisations qui font campagne pour l’avortement. Un comité des Nations Unies critique aussi sans cesse nos lois « pro-vie » – sans aucun respect pour la souveraineté irlandaise. L’ONU a donc demandé à l’Irlande, en juin 2016, de modifier sa loi sur l’avortement, puisqu’elle « soumettait les femmes à un traitement cruel, inhumain et dégradant ».
Les critiques de la loi irlandaise sèment volontairement la confusion entre l’avortement, d’un côté, et les traitements médicaux nécessaires pour préserver la vie de la mère, de l’autre, même s’ils risquent d’entraîner la mort de l’enfant à naître, traitements qui ne sont jamais refusés dans notre pays, dont les services d’obstétriques sont d’un haut niveau avec un taux très bas de mortalité maternelle.

En 2016, le Parlement irlandais a demandé à une « Assemblée citoyenne » de 99 personnes d’examiner la loi sur l’avortement et de préparer des propositions pour l’avenir. C’est une initiative curieuse, puisque nous avions déjà notre « Assemblée citoyenne » – à savoir le Parlement ! Le but de cette Assemblée aurait été de mettre une distance entre les hommes politiques et la libéralisation de la loi sur l’avortement. La journaliste catholique Breda O’Brien a sévèrement critiqué son fonctionnement. Elle a noté dans la presse, par exemple, que cette Assemblée avait demandé au Guttmacher Institute, étroitement lié à Planned Parenthood, de fournir une explication « neutre » des lois sur l’avortement à l’échelle internationale, et au British Pregnancy Advisory Service, le plus grand pourvoyeur d’avortements en Angleterre, de donner une présentation du contexte britannique !
En avril dernier, l’Assemblé citoyenne a recommandé à une large majorité de mettre fin à l’interdiction de l’avortement, par une révision du huitième amendement – 64 % des citoyens consultés voulaient, par exemple, qu’il n’y ait « aucune restriction quant aux raisons » motivant un avortement.
En principe, c’est à un comité du Parlement de décider de la suite à donner aux recommandations de l’Assemblée citoyenne, mais le nouveau premier ministre, Leo Varadkar – qui, à 38 ans, est le plus jeune premier ministre –, a annoncé, au moment de son élection en juin et avant les délibérations du comité parlementaire, qu’il y aurait un référendum sur l’avortement en 2018.

Néanmoins, et contrairement à l’approche de son 
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