Recherche
Lettre électronique
Pour recevoir régulièrement des nouvelles de La Nef, entrez votre courriel et validez
Mon compte
  • Accueil
  • Archives de la Nef
  • Société
  • Culture de mort

Avortement : Réflexion sur un cas limite

Source :La Nef n°216 de juin 2010
L’entretien avec Mgr Jacques Suaudeau, directeur scientifique de l’Académie pontificale pour la Vie à Rome, que nous avons publié en deux parties en avril et mai, a occasionné un débat fort utile sur les cas extrêmes en matière d’avortement. L’Église catholique est opposée à toute forme d’avortement direct, cette position est bien connue ; mais l’on sait bien que les partisans de l’avortement, comme ceux qui, dans l’Église, militent pour une plus grande « souplesse », se servent toujours des situations extrêmes pour avancer leurs pions – attitude qui cherche à émouvoir l’opinion publique (pensons au drame de Recife l’an dernier) de façon à passer du cas particulier exceptionnel au cas général. Attitude fallacieuse, car c’est précisément sur le cas général que le législateur statue. Bref, il nous a paru nécessaire de conclure ce débat en rappelant la position de l’Église sur l’avortement, sans oublier le cas d’école rarissime (point n°4), sur lequel Mgr Suaudeau nous livre sa réflexion personnelle de médecin et de prêtre placé devant l’obligation d’agir. Le Magistère ne semble pas avoir déclaré que, dans ce cas rare où, quelques instants plus tard, le fœtus va mourir et entraîner sa mère dans la mort, le retirer serait un avortement direct, donc intrinsèquement et toujours illicite. Le Père Basile, en théologien moraliste, propose ici une argumentation moralement acceptable sur ce point n°4. – C.G.

La « mise au point » sur l’avortement publiée dans La Nef de mai 2010 a suscité des réactions diverses, et demande finalement elle-même une « mise au point » pour clarifier une fois pour toutes la position de l’Église face à ce qu’il est coutume d’appeler « l’avortement thérapeutique ».

1. Pour l’Église, la vie de l’enfant à naître est sacrée, comme l’est la vie de sa mère, et tout doit être fait pour sauvegarder les deux vies (Evangelium Vitae n. 62). On ne peut donner une priorité à l’une des deux vies sur l’autre. Il s’ensuit que l’Église considère l’avortement dit « thérapeutique » dans lequel on sacrifie la vie de l’enfant au bénéfice de la sauvegarde de la vie de la mère comme illicite (Evangelium Vitae n. 58).

2. En pratique, lorsqu’une pathologie se développe en cours de grossesse faisant craindre pour la vie de la mère, durant la grossesse ou au moment de l’accouchement, l’attitude indiquée est celle de l’expectative armée, avec déclenchement d’accouchement précoce ou césarienne après la 25e semaine (seuil de viabilité du fœtus) si la situation s’aggrave et que l’on ne puisse attendre la naissance à terme de l’enfant.

3. Il y a des cas, cependant, où, sans vouloir directement attenter à la vie de l’enfant à naître, on est amené, pour sauvegarder la vie de la mère, à instituer une thérapeutique d’urgence, qui ne peut attendre la naissance de l’enfant pour être mise en jeu, et qui a pour conséquence non voulue mais inévitable, la mort du fœtus. Une telle thérapeutique – chirurgicale ou autre – est acceptable, selon le principe dit du « double effet » ou volontaire indirect qui suppose deux conditions :
– l’acte ne doit pas être mauvais en lui-même, comme le serait celui de tuer directement l’enfant dans le sein de sa mère pour l’extraire plus facilement ou pour faciliter le traitement donné par ailleurs à la mère ; l’effet indirect mauvais, c’est-à-dire la mort de l’enfant ou le fait de le mettre dans une situation où il ne peut que mourir, même s’il est prévu, ne doit pas être voulu, ni comme fin ni comme moyen ;
– il ne doit exister aucun autre acte permettant d’atteindre cet effet bon recherché.
La Congrégation pour la Doctrine de la Foi est intervenue à la suite de l’affaire de Recife l’an dernier pour éclaircir ce point en déclarant légitime « une intervention en soi non abortive qui peut avoir, comme conséquence collatérale la mort de l’enfant : si, par exemple, la conservation de la vie de la future mère, indépendamment de son état de grossesse, 
Page 1 sur 3 1 2 3 »