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Avortement : repenser le débat

Chronique Vie

Source :La Nef n°211 de janvier 2010
Lors d’un discours donné en avril 2008 devant l’Institut pontifical Jean-Paul II pour la famille, le pape Benoît XVI avait évoqué la « conspiration du silence » qui enveloppe « le drame de l’avortement » et « ses conséquences dévastatrices dans la famille et la société, notamment par la mentalité matérialiste de mépris de la vie qu’il entretient » (1). Est-il concevable de briser la chape de plomb qui recouvre l’IVG dans nos sociétés ? Incontestablement oui, et c’est ce que nous allons tâcher de montrer. Il existe aujourd’hui un faisceau historique d’éléments qui ne trompent pas et pourraient nous permettre d’engager un débat jusqu’ici interdit. Il appartiendrait d’ailleurs à l’Église de France, dans la richesse de toutes ses composantes, d’en être le principal protagoniste.

1. Premier levier qui devrait ouvrir le champ de la discussion. Les chiffres accusent sévèrement les pouvoirs publics. « Le nombre annuel d’IVG reste stable, à un niveau relativement élevé, alors que le taux d’utilisation des contraceptifs y est parmi les plus élevés d’Europe et malgré le développement de la contraception d’urgence » (2). Avec 210 000 avortements en 2006, un taux qui ne fléchit pas d’un pouce malgré les campagnes contraceptives incessantes du ministère de la santé, on peut désormais parler d’un fléau de santé publique. Selon l’Institut national d’études démographiques, plus de 40 % des Françaises subiront cette épreuve, ce qui signifie que peu ou prou, nous sommes tous concernés ou le serons un jour, ne serait-ce qu’au travers de nos parents, proches ou amis. La fuite en avant de l’IVG est d’autant plus inquiétante qu’on note une augmentation concomitante de 9 % chez les mineures de 15 à 17 ans entre 2005 et 2006 (3). Tout se passe comme si l’utilisation exponentielle des techniques anti-conceptionnelles (qui peuvent en outre avoir un effet abortif passé sous silence comme le stérilet, la pilule du lendemain, et maintenant du surlendemain) débouchait sur un recours accru à l’avortement en cas d’échec, l’IVG apparaissant en définitive comme le meilleur moyen de finaliser son projet contraceptif. De quoi fissurer les slogans qui martèlent l’idée qu’une bonne information sur la contraception constitue le meilleur rempart contre l’avortement (4). Même si le mécanisme d’emballement de l’avortement dans une France où la couverture contraceptive a atteint des sommets commence à être connu en haut lieu, nous sommes en droit de demander aux élus de la nation qu’ils conduisent une réflexion approfondie sur ce phénomène.

2. Cette « consommation de l’IVG », certains médecins ne l’acceptent plus à l’instar du directeur du laboratoire d’éthique médicale de l’Université Paris-Descartes, qui n’hésite pas à dénoncer la dérive française des « avortements de confort » (5). Et si c’était l’une des raisons qui explique la désaffection croissante des médecins envers cette pratique ? Même si aucun travail de recherche n’a exploré précisément l’ampleur du phénomène en France, il n’est plus possible d’ignorer que les jeunes générations de professionnels de santé s’abritent de plus en plus derrière leur clause de conscience. Les jeunes médecins n’en font plus un principe idéologique militant comme certains de leurs aînés et savent parfaitement de par leurs études que pratiquer une IVG revient à infliger la mort à un enfant qui aurait dû naître. Ils n’ont donc aucune raison de se bousculer au portillon pour pratiquer un acte que leur conscience réprouve avec plus ou moins de conviction morale. Là aussi, les pouvoirs publics feraient bien de ne pas sous-estimer l’ampleur de la réticence médicale sur le terrain. Il n’a échappé à personne que le passage en force du gouvernement avant l’été dernier pour faire des sages-femmes les nouvelles exécutrices de l’IVG médicamenteuse, heureusement annulé par le Conseil constitutionnel pour vice de forme, ne devait servir qu’à compenser « le trop faible nombre de médecins ayant passé une 
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