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Benoît XVI face à la tempête

ÉDITORIAL

Source :La Nef N°214 d'Avril 2010
Benoît XVI face à la tempête

Les affaires de pédophilie dans l’Église sont pour tout catholique une immense honte. Certes, cela nous rappelle que les prêtres sont des hommes comme les autres, avec leur faiblesse et leurs péchés, mais ils sont pour nous plus que cela, puisqu’ils agissent in persona Christi quand ils consacrent les Saintes Espèces : il est donc juste d’attendre d’eux un exemple de sainteté, aussi tout scandale venant de l’un d’entre eux est une blessure pour toute l’Église.

Comme on pouvait hélas s’y attendre, ces affaires ont été le prétexte facile d’attaques contre l’Église et contre le pape lui-même. On l’a d’abord visé à travers son frère prêtre, puis c’est Benoît XVI lui-même qui a été accusé d’avoir couvert un crime pédophile lorsqu’il était archevêque de Munich, enfin on lui a reproché d’étouffer ces affaires quand il était préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Toutes ces accusations sont sans fondement, le cardinal Ratzinger n’ayant pu avoir connaissance des faits dans son diocèse de Munich révélés en 1985 alors qu’il le quitta pour Rome fin 1981. Quant à la fameuse lettre De delictis gravioribus qu’il publia le 18 mai 2001 en tant que préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, elle recommande en effet de soumettre les cas de pédophilie au secret pontifical dans un premier temps, non pas pour les étouffer mais pour permettre d’en vérifier le bien-fondé. L’équivalent du « ministère public » du tribunal de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Mgr Charles J. Scicluna, a rétabli la vérité : « Une mauvaise traduction anglaise du texte a fait penser que le Saint-Siège imposait le secret pour occulter les faits, mais il n’en était pas ainsi. Le secret de l’instruction servait à protéger la réputation des personnes impliquées, les victimes comme aussi les prêtres accusés, qui ont eux aussi droit à la présomption d’innocence. L’Église n’aime pas la justice spectacle. Les normes relatives aux abus sexuels n’ont jamais été entendues comme une interdiction de leur dénonciation à la justice civile » (1). La position de l’Église a d’ailleurs été résumée en quatre points par le P. Lombardi, porte-parole du Saint-Siège : « reconnaître la vérité », « aider les victimes », « renforcer la prévention » et « collaborer de façon constructive avec les autorités » (2).

Mais le plus affligeant est que certains, y compris dans l’Église, ont profité de ces scandales pour réclamer à nouveau l’ordination d’hommes mariés ou le mariage des prêtres. Le rapprochement est ici abject, car il suppose que des hommes ne pouvant exercer de « vie sexuelle » sont forcément frustrés et se sont donc rabattus sur des enfants ! Pourquoi alors ne pas choisir plutôt une maîtresse ? Le pédophile est avant tout un malade et chacun sait que beaucoup d’entre eux sont mariés, ce qui montre que le problème ne se situe pas à ce niveau.

On a d’ailleurs entendu en ces occasions que le célibat sacerdotal ne remontait qu’au XIIe siècle, au second concile du Latran (1139) précisément. Cette affirmation relève d’une incompréhension de la question. Le concile de Nicée (325) déjà interdisait aux prêtres de se marier et à ceux qui l’étaient au moment de l’ordination de vivre avec leur épouse ; autrement dit, dès les origines, la continence parfaite est la règle exigée dans l’état clérical. Les Orientaux ont continué à admettre au sacerdoce des hommes mariés, mais ils ne peuvent devenir évêques (3). Ce n’est pas un hasard si Benoît XVI a « réaffirmé » le 12 mars « la valeur du célibat sacré » (4).

Dans ces affaires qui ont commencé par secouer l’Église des États-Unis, avant celles d’Irlande, d’Allemagne et d’Autriche, Benoît XVI a immédiatement mis en œuvre une politique exemplaire de vérité et de totale transparence. Sa Lettre pastorale aux catholiques d’Irlande, émouvante et forte, est un modèle du genre, celle d’un pasteur soucieux d’abord des 
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