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Benoit XVI : l'homme capable de vérité

Le voyage de Benoit XVI en Autriche (7-9 septembre 2007)

Jacques de Guillebon

Source :La Nef n°186 d'octobre 2007
Il y a plus que jamais malaise dans la civilisation : c’était le message du pape bavarois aux habitants du pays de Freud, pour ce septième voyage hors d’Italie en deux ans, de la part d’un pontife qu’on avait indûment défini dès son élection comme un intellectuel pantouflard. Après Jean-Paul II le sportif au grand cœur, le cardinal-professeur aurait dû faire pâle figure sur la scène internationale. Encore une prédiction médiatique ratée – ce doit être leur destin.
Car, du 7 au 9 septembre, Benoît XVI était donc en Autriche et il y a prononcé encore une fois plusieurs discours mémorables, dans un pays durement frappé ces dernières années dans sa foi. En effet, si l’Église catholique représente encore en Autriche 68 % de la population, on estime qu’elle a perdu 1,3 million de fidèles depuis 1976. Il demeure cependant encore 6 millions de catholiques sur 8,1 millions d’habitants, même si seuls 15 % des Autrichiens sont pratiquants.
Le pape, après s’être recueilli le premier jour avec le grand rabbin de Vienne sur la Juden-platz devant le monument à la mémoire des victimes de l’extermination nazie, s’est adressé vigoureusement au corps diplomatique : « L’Europe ne peut pas et ne doit pas renier ses racines chrétiennes », a-t-il entamé depuis le milieu de l’ancienne capitale de la très chrétienne Europe centrale. Poursuivant sur les relations entre l’Europe et le monde, il a rappelé que « la mondialisation […] ne peut être arrêtée, mais (que) la politique a le devoir urgent et la grande responsabilité de lui donner des règlements et des limites capables d’éviter qu’elle ne se réalise aux dépens des pays les plus pauvres et des personnes pauvres dans les pays riches et au détriment des générations futures. » C’est une véritable leçon de droit international qu’il a administrée, à sa manière très douce où point toujours la fermeté. Car l’Europe, a-t-il tenu, a « une responsabilité unique dans le monde ». L’Europe seule, semblait-il dire, chez qui s’est opérée historiquement l’alliance de la raison et de la foi, peut perpétuer une vision juste de l’homme, qui nécessite de ne jamais oublier cette précession de la Raison : « Au commencement était le Verbe, à l’origine de toutes choses, il y a la Raison créatrice de Dieu qui a décidé de se rendre participant à nous, êtres humains. » Et d’évoquer successivement toutes les menaces qui pèsent sur un continent qui s’est proclamé lui-même en faillite, le sort des personnes âgées devant la généralisation de l’euthanasie, celui des familles pour qui l’avenir est systématiquement présenté comme un danger, celui des enfants avortés. L’avortement, disait-il, est le contraire du droit humain, « une profonde blessure sociale », reprenant les termes de l’ancien archevêque de Vienne.
Le lendemain, au sanctuaire de Mariazell, qui fêtait son 850e anniversaire, devant trente mille pèlerins rassemblés, pour ce qui était l’acmé de son voyage, Benoît XVI a enfoncé le clou. L’Europe sécularisée, a-t-il douloureusement affirmé, est atteinte d’un risque mortel, le « refus de la vérité », évoquant de « terribles menaces » pour une culture qui serait devenue incapable de distinguer le bien du mal. Mais il faudrait le citer plus longuement, dans son phrasé haut et si lumineux : « Et donc, si nous chrétiens l’appelons l’unique Médiateur du salut valable pour tous, qui concerne chacun et dont, en définitive, tous ont besoin, cela ne signifie pas du tout le mépris des autres religions ni l’absolutisation orgueilleuse de notre pensée, mais seulement que nous avons été conquis par Celui qui nous a intérieurement touchés et comblés de dons, afin que nous puissions à notre tour faire des dons également aux autres. De fait, notre foi s’oppose de manière catégorique à la résignation qui considère l’homme incapable de la vérité, comme si celle-ci était trop grande pour lui. Cette résignation face à la vérité est, selon ma conviction, le cœur de la crise de l’Occident, de 
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