Ce 1er mai aura été pour beaucoup de chrétiens un jour émouvant : un pape qui béatifie son prédécesseur est une chose rare. La rapidité de cette béatification – qui a cependant scrupuleusement respecté les contraintes de la procédure – en dit assez long sur la sainteté et la popularité de Jean-Paul II. Peu de personnalités, dans l’histoire contemporaine, ont eu un tel rayonnement : chez lui, la sainteté était comme une évidence et il n’a pas attendu d’être élu pape pour qu’elle se manifeste à tous ceux qui l’approchaient. Son élection n’a fait que la rendre visible à l’humanité entière. Comment, en effet, ne pas être frappé, quand on lit la vie de Karol Wojtyla, depuis sa naissance en 1920, suivie de la perte de tous ses êtres chers, sa mère lorsqu’il a 9 ans, son frère aîné – il a alors 12 ans –, puis son père, en 1941 – orphelin en pleine occupation nazie ! –, jusqu’à sa vie de prêtre, puis d’évêque résistant au communisme, comment ne pas être frappé par sa force de caractère dont émanent avant tout un amour et une confiance en Dieu, couronnés par une charité de tous les instants ? Oui ! le 1er mai, place Saint-Pierre, devant des centaines de milliers de fidèles enthousiastes venus du monde entier, c’est bien plus qu’un grand pape que Benoît XVI a béatifié, c’est avant tout un immense saint des temps modernes, un exemple lumineux pour chacun d’entre nous, dont on ne doute pas de la prochaine canonisation, déjà réclamée par les catholiques du monde entier.
Certes, en béatifiant un pape, l’Église n’affirme nullement la perfection de chacun de ses actes dans le gouvernement de l’Église. Même les saints peuvent se tromper et commettre des erreurs. Il est néanmoins impensable qu’elle offre à notre vénération un saint qui aurait été un « mauvais » pape. En l’occurrence, même si de petites minorités parmi les catholiques critiquent ce long pontificat, il nous semble quant à nous qu’il ne peut que forcer l’admiration, si l’on veut bien le replacer dans le contexte d’une époque difficile.
Lorsque Karol Wojtyla est élu pape le 16 octobre 1978, l’Église catholique – comme l’ensemble des sociétés occidentales – est traversée par une terrible crise dont les effets se développent à la suite du concile Vatican II. Sans réussir à éliminer toutes les conséquences de cette crise, ni même toutes ses causes, il parvient toutefois à redresser l’Église en mettant en place les éléments essentiels du renouveau qui se dessine maintenant depuis plusieurs années. Par la force et le rayonnement de sa foi, par ses nombreux voyages qu’il effectue en pèlerin missionnaire de l’Évangile, un peu comme un saint Paul moderne, il redonne à l’Église une véritable visibilité et, plus encore, confiance aux catholiques, dont tous les combats semblent depuis deux siècles voués aux défaites. D’abord, il contribue à la chute du communisme en Europe de l’Est. Ensuite, il développe un immense corpus doctrinal qui s’inscrit dans la ligne du concile Vatican II et qui en donne, sur bien des points, une interprétation autorisée, anticipant en quelque sorte la fameuse « herméneutique de la réforme, du renouveau dans la continuité de l’unique sujet-Église » chère à Benoît XVI. Enfin, il a su être un homme de son temps, sachant discerner les apports bienfaisants de la modernité, mais n’hésitant pas, bien souvent contre vents et marées, à alerter contre ses nombreuses dérives qui mènent nos sociétés développées vers l’abîme : le rejet de Dieu entraînant la totale autonomie de l’homme, maître du bien et du mal, le matérialisme d’une société consumériste, bref le triomphe du relativisme devenu le soubassement philosophique de démocraties sans idéal. Jean-Paul II résumait ces dérives d’un terme, la « culture de mort », car elles se traduisent par des attaques multiples contre la dignité de la personne humaine, thème ô combien cher à ce grand pape, notamment en matière de Vie ou de bioéthique.
La Providence a voulu que