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Bioéthique : dérive au Sénat

Chronique-Vie

Pierre-Olivier Arduin

Source :La Nef N°226 DE MAI 2011
Conviés à leur tour à examiner le projet de loi relatif à la bioéthique, les sénateurs ont coup sur coup balayé le principe d’interdiction de la recherche sur l’embryon, systématisé le dépistage prénatal du handicap, spécialement de la trisomie 21, et ouvert l’accès de l’assistance médicale à la procréation aux femmes homosexuelles. Le texte adopté, en faisant de l’instrumentalisation de la vie humaine l’un des nouveaux facteurs d’organisation de la société, témoigne d’une vision fondamentaliste et prométhéenne de la bioéthique qui en dit long sur l’état de délitement moral de nos élites politiques.
« À changer notre attitude et notre comportement devant la vie, n’y voyant plus un don de Dieu mais un matériau qui se gère, c’est l’avenir entier que nous faisons basculer » (1). Le programme franc-maçon dévoilé en 1979 par Pierre Simon, gynécologue-obstétricien, grand maître de la Grande Loge de France, est certainement l’une des clés de lecture de ce qui s’est joué le 8 avril dernier au Palais du Luxembourg. « Je suis bouleversée, nous sommes devenus une chambre d’enregistrement des évolutions de la science » (2), déplorait à l’issue du vote la sénatrice Marie-Thérèse Hermange qui s’est courageusement battue avec plusieurs de ses collègues pour tenter, en vain, d’éviter le pire.

« Pour nous, les concepts qui sous-tendent la morale de notre temps se redéfinissent à la faveur des acquisitions scientifiques nouvelles […]. Cette nouvelle approche de la vie – celle du gestionnaire –, rien ne peut l’arrêter », promettait Pierre Simon. Apologiste d’une pensée matérialiste radicale, une majorité de sénateurs, droite et gauche confondues, lui a donné raison plus de trente ans après. En faisant de la liberté de la science un droit opposable au respect de la vie, les sénateurs ont définitivement soustrait l’embryon à la portée protectrice du principe de dignité. Le renversement de perspective est majeur. Car c’était pour honorer au moins symboliquement l’article 16 du Code civil qui « garantit le respect de l’être humain dès le commencement de sa vie » que l’Assemblée nationale, soutenue par le gouvernement, avait refusé de faire sauter l’interdit de principe de la recherche sur l’embryon. Si le texte était confirmé en seconde lecture par les députés, plus aucune exigence éthique ne s’opposerait dès lors à la réduction de l’être humain dans sa condition embryonnaire au statut de matériau de laboratoire.

Pour Pierre Simon, la « logique du gestionnaire conduit à rationaliser la vie […] pour parvenir au plein épanouissement de ses possibilités. Regardons les choses en face : un mongolien entre-t-il dans ce cadre ? » En réintégrant dans le texte de loi l’obligation pour les médecins et les sages-femmes de proposer systématiquement le dépistage prénatal de la trisomie 21 à toutes les femmes enceintes de notre pays, les sénateurs ont cautionné un eugénisme d’État qui s’imposera aux professionnels de la naissance sans aucune échappatoire possible. Gare aux récalcitrants !

Troisième point de basculement catastrophique du nouveau texte – qu’aucun observateur n’avait vu venir –, l’instauration d’un droit à l’assistance médicale à la procréation pour « tous les couples ». En n’exigeant plus que la procréation artificielle soit réservée à un homme et une femme dont l’infertilité est médicalement constatée, le Sénat ouvre de facto son accès aux « couples » de femmes homosexuelles via le recours à un donneur de spermatozoïde. En raison du maintien de la prohibition de la gestation pour autrui, les hommes homosexuels seraient pour l’instant exclus de ces techniques. Jusqu’à quand ? On sait bien qu’au nom du sacro-saint principe de non-discrimination, la pratique des mères porteuses serait appelée tôt ou tard à être légalisée. Très virulents, les lobbies homosexuels demandent aux parlementaires de leur autoriser le recours à la médecine de la reproduction pour réparer la « stérilité sociale » 
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