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Bioéthique : enjeux cruciaux

Entretien avec Mgr Gérard Defois

Gérard Defois


Source : La Nef n°206 de Juillet-Août 2009
Archevêque émérite de Lille, Mgr Gérard Defois est membre du groupe
bioéthique de la Conférence épiscopale présidée par Mgr d’Ornellas. Il répond
à nos questions alors que s’achèvent les États généraux de la bioéthique.


La Nef – Quel bilan tirez-vous des États généraux de la bioéthique ?
Mgr Gérard Defois – Si les évêques de la conférence épiscopale de France ont estimé utile de participer au débat, c’est qu’ils ont perçu combien la démarche préconisée par les gouvernants mettait l’opinion publique et les citoyens devant des choix essentiels. Comme vous le savez, en particulier par l’ouvrage que nous avons publié sous l’impulsion de Mgr d’Ornellas, archevêque de Rennes (1), nous avons été acteurs dans l’opinion publique. Des conférences-débat ont eu lieu dans les diocèses un peu partout en France, les parlementaires y ont été généralement présents, ainsi que des médecins, des chercheurs et différents membres des services de santé. Le dialogue a eu lieu aussi à l’intérieur des communautés chrétiennes, il a permis de faire connaître les positions de notre Église (2).

L’Église de France est en pointe sur ces sujets...
C’est à l’énergie et à l’engagement du président de notre groupe que l’on doit cette démarche d’une intervention fondée sur le débat et le dialogue, recherchant la participation et le conseil d’experts très divers. Une intervention qui en serait restée au rappel des principes traditionnels aurait sans doute eu moins d’effet positif, elle eut fait ressortir les réflexes anti-autoritaires des Français et des journalistes en particulier. Mais les interrogations que nous posions, faisant écho aux projets du gouvernement, étaient aussi celles de nombreux chercheurs, ainsi que de ceux qui ne sont pas aveuglés par les mythes scientistes ou techniques, alors que beaucoup d’entre eux devinent que nombre d’interventions sur l’embryon conduisent à un matérialisme inconscient ou voulu, au nom d’impératifs financiers ou politiques.

Vous avez réussi à afficher une unité des laïcs et des pasteurs sur toutes ces questions : cela est-il transposable sur d’autres sujets ?
Oui, je crois que l’humilité de la démarche nous a permis de nous rencontrer, à la fois parce qu’il s’agit pour nous tous de recevoir les orientations de fidélité que nous indique la Parole de Dieu, qui fait autorité dans la foi, mais aussi d’entendre les paroles humaines des uns et des autres, chrétiens ou non, pratiquants ou non, qui attendent quelque lumière par rapport à l’ampleur inquiétante, et passionnante en même temps, des travaux et progrès de l’univers scientifique d’aujourd’hui. J’avoue avoir été impressionné par la qualité humaine et spirituelle des observations de chercheurs qui posaient des affirmations éthiques sous forme de questions adressées à nos gouvernants et à nous tous. Les chrétiens ne sont pas seuls pour inventer des repères par rapport auxquels l’expertise en humanité, évoquée par Paul VI pour l’Église en 1965 à l’ONU, donne des références en matière de dignité de l’homme et de respect de la Création. La sagesse de Dieu peut être rencontrée par tous dans l’humain. Et créer des liens de commune responsabilité.
Personnellement, je crois que cette démarche serait transposable en d’autres domaines. L’encyclique de Benoît XVI sur la mondialisation et les questions sociales devrait ouvrir à des dialogues de ce type en matière économique, sociale et politique. Certes, cela demande beaucoup de travail de préparation et la rencontre de femmes et d’hommes de la société civile engagés en de multiples secteurs de l’activité sociale et culturelle, mais j’ai remarqué combien nos compatriotes, malgré les sécularisations et les déchristianisations que nous déplorons, répondent très volontiers aux invitations d’une Église qui les écoute. C’est au niveau de cette qualité d’humanité raisonnable que nous pouvons dialoguer en des termes qui excluent la 
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