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Brésil : où est le scandale ?

Dossier : Pour Benoît XVI

Jacques de Guillebon


Source : La Nef n°203 d'avril 2009
L’atroce affaire de Recife, au Brésil, a scandalisé l’opinion mondiale : à entendre les médias, davantage pour les propos prêtés à l’évêque du lieu que pour le viol dont a été victime une malheureuse fillette de neuf ans. Retour sur une affaire plus compliquée qu’on ne l’a dit.

Cette atroce histoire de fillette brésilienne violée trois années durant par son beau-père et finalement enceinte à neuf ans, puis avortée, est empreinte d’une telle dramatique qu’elle semble apte à dérouter les consciences les plus droites. Il n’est pas inutile de revenir sur les faits, du moins sur ce qu’on sait des faits qui ont été sujets non seulement à des interprétations diverses, mais aussi entachés d’erreurs de toute variété, provoquées ou non, de sorte que l’écho qu’on en a ici, à des milliers de kilomètres, même et surtout médié par d’innombrables voix, en demeure toujours assourdi. On dirait que certains commentateurs sont payés pour ajouter de la nuit à l’obscurité. On dirait aussi qu’il ne faut surtout pas se priver dès que ça touche à l’honneur de l’Église et à sa cohérence.

Tout le monde sait donc maintenant que la veille de l’avortement pratiqué le 4 mars dans un hôpital de Recife, l’archevêque du lieu, Mgr Cardoso Sobrinho a cru bon de rappeler l’excommunication latae sententiae (c’est-à-dire automatique) à des journalistes qui l’interrogeaient, frappant les auteurs d’un tel acte, comme il est stipulé dans le canon 1398 du Code. Sous le coup de cette excommunication, expliquait l’archevêque au moment des faits, tombaient à la fois les médecins ayant pratiqué l’IVG et la mère de la petite fille qui leur avait donné son aval. Cette dernière étant bien entendu exclue de la sentence, vu son âge, malgré ce qui a été répandu des semaines durant dans des quotidiens français notoirement désinformés. Ce rappel de l’archevêque tendait certainement à limiter immédiatement dans les consciences catholiques la possibilité de la réouverture d’un débat sur la légalisation de l’interruption de grossesse dans un pays qui la soumet à de fortes restrictions. Il apparaît non seulement qu’il a eu l’effet inverse, puisqu’il a rendu la polémique à une dimension mondiale, mais qu’en outre, il ne tenait pas compte des circonstances atténuantes pour la mère de la petite fille au moins, circonstances qui sont pourtant expressément prévues par le code de droit canon, en l’occurrence les pressions subies pour lui arracher un accord. De plus, la comparaison faite par l’archevêque de Recife, puis reprise par le cardinal Re à Rome dans une déclaration lapidaire, entre les fauteurs de l’avortement, excommuniés, et le beau-père, auteur du viol, dont l’acte quoique condamnable n’encourait pas de peine spécifique, ne pouvait qu’ajouter au sentiment d’injustice éprouvé par les hommes de bonne volonté. À l’évidence, pour le Code l’excommunication latae sententiae est d’une part destinée à rappeler que l’IVG est un abominable attentat contre la vie humaine, et d’autre part justifiée en tant que ce mal est considéré comme un bien, ou comme un acte neutre, par la morale contemporaine séculière, quand le viol lui-même continue heureusement d’être unanimement réprimé et ne nécessite donc pas de stigmatisation supplémentaire.

À ces maladresses de communication avivant des blessures déjà très profondes, les évêques brésiliens ont rapidement réagi, désavouant en quelque sorte leur confrère, à qui l’on peut faire au moins crédit d’avoir réagi sous le coup de l’émotion. Les évêques du Nordeste (région de Recife), dans un communiqué mis en ligne le 6 mars, après avoir rappelé les principes de l’Église en faveur de la vie, déclaraient ainsi : « Aujourd’hui, la conscience des droits humains grandit, qui n’admet aucun type de violence, encore moins celle qui affectent l’enfant et la femme. Dans le cas spécifique, nous condamnons le viol et l’abus sexuel dont l’enfant a été victime ». Et encore : « Étant donnée la complexité du 
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