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Chantal Sébire : de l’émotion à la manipulation

Source :La Nef n°192 d'avril 2008
Le 19 mars, Chantal Sébire était retrouvée morte. Il aura suffi de quelques jours pour que la polémique autour de l’euthanasie réapparaisse avec vigueur.

Agée de 52 ans cette ancienne institutrice, atteinte d’une tumeur évolutive incurable des sinus et de la cavité nasale, avait émis une requête auprès du président du tribunal de grande instance de Dijon pour pouvoir « terminer sa vie dans le respect de sa dignité ».
S’étant emparée du dossier, l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) y voyait le moyen de relancer le débat sur la légalisation de l’euthanasie. Ainsi un cortège de bons et loyaux serviteurs s’empresse autour de celle qui leur permettra peut-être d’en finir avec la loi Leonetti votée à l’unanimité par le Parlement le 22 avril 2005. Cette loi tend à éviter au malade d’être soumis à l’acharnement thérapeutique et incite le corps médical à apaiser les souffrances du patient par des soins palliatifs, même si ceux-ci peuvent conduire à la mort. Bernard Senet, médecin généraliste du Vaucluse et membre de l’ADMD accepte d’aider Mme Sébire à mourir si la justice le permet ; Maître Gilles Antonowicz, vice-président de l’ADMD, tient le rôle de l’avocat et Jean-Luc Romero, président de l’ADMD, se fait son porte-parole pour « obtenir ce geste d’amour qu’elle réclame » : la manipulation ne fait plus de doute.
Le visage de Chantal Sébire défiguré apparaît au journal de France 2 et la France entière s’émeut d’entendre cette femme s’écrier avec « courage » : « si je mène ce combat, c’est parce que la souffrance est telle que je demande de l’aide ».
Cependant dans les hautes sphères du gouvernement, les avis divergent sur les véritables enjeux du problème. François Fillon se montre évasif estimant qu’on se trouve « aux limites de ce que la société peut dire, de ce que la loi peut faire ». Rachida Dati est plus explicite : « Cette dame demande à la justice de pouvoir exonérer de la responsabilité pénale le médecin pour lui administrer une substance létale, pour l’aider à mourir. Ce n’est pas notre droit. Nous avons fondé notre droit, et aussi bien la Convention européenne des droits de l’homme, sur le droit à la vie ». Quoi qu’il en soit c’est la ligne que semble adopter la justice. Le 17 mars, le tribunal de grande instance de Dijon rejette la demande d’euthanasie active « qui s’oppose au code de la déontologie médicale et au droit ».
Sous la pression de l’émotion et des médias et à la suite de cette décision de justice, les communiqués affluent : « Je trouve très difficile de ne pas lui offrir une porte de sortie qui serait une porte d’amour avec les siens », déclare Bernard Kouchner. Gaëtan Gorce, député PS de la Nièvre, plaide pour la création d’une Haute autorité qui permettrait, au cas par cas, d’administrer une injection létale aux patients atteints de maladies incurables. Nadine Moreno, députée UMP et nouvelle secrétaire d’État à la famille, affirme être « à titre personnel » favorable à la création d’une « commission nationale d’euthanasie à qui reviendrait le soin d’examiner les cas exceptionnels graves ». Bref, l’encre coule et Chantal Sébire meurt.
Dès le lendemain, le ton change. Rachida Dati revient sur ses paroles et François Fillon demande « d’évaluer l’application et puis peut-être aussi de constater les dysfonctionnements et de voir les ajustements » à faire à la loi Leonetti. Il est assez terrible de constater comment, en France, en matière de morale, l’émotion manipulée peut faire évoluer les mentalités et qui sait… les lois ?