Le mois de janvier, dit-on, est une période difficile. Lendemain de fêtes, reprise du travail froid qui s’installe, compte en banque décidément bien vide. Contre la mélancolie ambiante et la tristesse du temps, un remède à prendre, que dis-je à déguster sans modération : G.K. Chesterton. Et comme les choses ne vont pas toujours aussi mal qu’on le pense, il s’avère que les éditions de l’Âge d’homme, viennent de publier de l’auteur en question, Les Contes de l’Arbalète.
Publié en 1925, sous le titre Tales of the Long Bow, ce roman avait déjà bénéficié d’une traduction française sous le titre Le Club des fous. La nouvelle traduction, réalisée par Gérard Joulié, qui signe également un excellent avant-propos, est agréable et nerveuse. Elle sert bien le texte, même si on s’étonne de trouver au passage une remarque sur la « démocratie participative » (p. 54), absente de l’original anglais. Du Club des fous aux Contes de l’arbalète, on peut s’interroger sur les motivations d’un éditeur ou d’un traducteur, voire des deux, pour transformer un club en conte et des fous en arbalète. Ceux qui auront l’audace de s’engager dans la lecture de ce roman pour entretenir leur « santé mentale » (grand thème chestertonien, s’il en est !), comprendront très vite que ces deux titres ornent à merveille les couvertures d’une même histoire et qu’ils auraient très bien pu servir de sous-titre à l’une ou l’autre des versions.
Flèches contre le monde moderne
Reste qu’il y a quelque chose de plaisant dans cette référence à l’arbalète puisque chaque chapitre de cette histoire rocambolesque est une flèche, mieux, un carreau, tiré contre le monde moderne, ses pompes et ses œuvres, dans un délicieux éclat de rire permanent. On me demande parfois où trouver des écrits politiques de Chesterton. Si certains de ces ouvrages le sont plus directement – mais à sa manière, qui a de quoi déconcerter dès la première ligne tout cartésien qui se respecte –, il faut aller chercher cette pâture dans plusieurs de ses romans. Ici, à travers la constitution de la Ligue de l’arbalète, l’histoire de ses folies et de ses amours, Chesterton aborde ses thèmes de prédilection : la défense de la petite propriété, l’exaltation d’une société rurale et paysanne anti-industrielle (thème que l’on retrouve chez Tolkien, mais exploité d’une autre manière), l’apologie du mariage monogame, fidèle, fondé sur un solide réalisme enveloppé d’idéaux chevaleresque. Voilà pour la face sud, le versant positif de l’édifice chestertonien. Face nord, Chesterton ne se prive pas de dénoncer avec une sorte de don de prophétie, l’hygiéniste moderne, la propagande que représente la publicité, la confiscation de la démocratie par une clique oligarchique et ploutocratique, et même, la guerre menée contre le cochon, élevé par l’auteur au rang de symbole de toute une civilisation.
Autant de bonnes raisons de commencer bien l’année en allant prendre une pinte de bonne humeur au service de bonnes idées. On en redemande.
Les contes de l’arbalète, de G.K. Chesterton, L’Âge d’homme, 2007, 190 pages, 18 euros.