La conférence sur le climat de Copenhague (7-18 décembre) a finalement abouti à un beau ratage. Analyse.
La raison du plus fort est toujours la meilleure. C’est la leçon que nous a prodiguée ce sommet de Copenhague, que son semi-échec apparente, comme l’a relevé Michel Serres, aux accords de Munich de 1938, toutes proportions gardées. Copenhague, qui fut sans doute l’une des manifestations internationales les plus médiatisées de l’histoire, manifestation préparée de longue date, où avait été convoqué le gratin scientifique, écologique et politique de la planète, a ridiculement échoué. Si les étrangement nommés « climato-sceptiques » trouvent matière à s’en réjouir, ce n’est pas notre cas.
A priori, les nations qui s’étaient donné rendez-vous pour une semaine de décembre dans la capitale danoise étaient convaincues, à des degrés divers mais convaincues quand même, de la nécessité de développer une action commune pour endiguer un très probable réchauffement climatique entraîné par l’émission de gaz à effet de serre sous le coup de l’industrialisation du monde.
Mais comme on le savait, quatre puissantes positions s’affrontaient pour une partie complexe. Jusque-là, une majorité des États évoluait sous la juridiction du protocole de Kyoto qui imposait, au moins aux nations industrialisées, de réduire leurs émissions de CO2, principal gaz à effet de serre issu de l’activité humaine, de 5 % entre 2008 et 2012 par rapport à 1990. Mais ce traité avait ces deux gros défauts de ne pas inclure les États-Unis, premiers émetteurs de gaz, et de cesser de s’appliquer en 2012. Il s’agissait donc d’arriver à un nouveau traité, qui soit à la fois plus contraignant et surtout qui inclut les États-Unis et qui prenne en compte l’industrialisation nouvelle de pays à forte croissance, la Chine et l’Inde en tête, dans le but de stabiliser les hausses de température autour de 2° au cours du siècle.
Autour de la table des négociations, on trouvait d’abord les pays du Sud, c’est-à-dire les moins industrialisés, les moins riches, qui considérant à juste titre qu’étant fort peu responsables de l’hypothétique hausse des températures et qu’étant aussi parmi les premiers touchés par ses conséquences, ils ne devaient pas être astreints aux mêmes contraintes de limitation d’émission, ils devaient même au contraire bénéficier de transferts économiques de la part des pays du Nord pour s’avancer vers le nouveau paradigme économique-écologique rêvé. C’est sans doute le seul point qui n’ait pas été contesté à Copenhague et qui ait même connu un certain succès, puisque les pays riches se sont engagés à abonder un fonds de 100 milliards de dollars en leur faveur.
À côté de ces pays, alliée au Brésil et au Japon, l’Union européenne qui campait pour une fois sur une position commune – au moins ses ténors – reconnaissait l’urgence climatique et la nécessité de s’engager sur une diminution drastique et chiffrée des émissions de CO2 par rapport à 1990, allant jusqu’à prôner 50 % en 2050 pour tous les grands pays industrialisés.
De l’autre côté de la table, opposés mais pourtant objectivement alliés pour réduire ce sommet à sa plus simple expression, les États-Unis et la Chine. Les premiers, fidèles malgré les beaux discours d’Obama à leur politique de non-remise en cause du mode de vie consumériste américain, n’étaient pas prêts, à aller au-delà d’une réduction de 4 % de leurs émissions en 2020 par rapport à 1990. La seconde, qui est devenue en valeur absolue le premier émetteur de GES du monde, refusant d’abord d’être classée ailleurs que parmi les pays en développement, argua ensuite de la mise en péril de sa souveraineté que constitueraient les vérifications internationales de ses engagements de réduction de CO2.
Nécessité d’un front commun
Le péril propre à la conférence de Copenhague, qui fut avéré, était que toutes les nations ne tombassent pas d’accord pour s’engager dans un texte