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Constitution de refondation nationale en Hongrie

Source :La Nef n°227 de juin 2011
Adoptée à une écrasante majorité par le Parlement hongrois, la nouvelle Constitution portée par le gouvernement de Viktor Orban a été promulguée le 25 avril 2011. Il s’agit d’un tournant dans l’histoire de la Hongrie. En effet, cette nouvelle constitution, en remplaçant celle de 1949, clôt la période de transition postcommuniste. Depuis 1988, le besoin d’un nouveau texte était pressant. Les précédents gouvernements n’étaient parvenus qu’à amender l’ancien texte. Finalement, la large victoire du « Fidesz », le parti de M. Orban, a permis de sortir du rafistolage et de poser les nouvelles bases institutionnelles et politiques de la Hongrie.
Ces nouvelles bases ne plaisent pas à tout le monde. Dans son projet de reconstruction nationale, la Constitution affirme, entre autres, les valeurs de nation, de famille, de religion, de propriété. Sur les ruines du communisme et dans le contexte de la crise culturelle et économique de l’Occident, la nouvelle constitution opte résolument pour la réaffirmation de l’identité traditionnelle du pays.
Comme toute l’Europe, la Hongrie est confrontée à une triple crise : culturelle, démographique et économique. Elle tente d’y répondre à sa façon, sans se plier complètement au modèle recommandé par les puissances supranationales.
Face à une Europe dont le projet culturel se fond dans un universalisme abstrait et déraciné, la Hongrie a fait le choix de réaffirmer son identité nationale. Le peuple hongrois déclare en tête de la Constitution : « Nous sommes fiers de ce que notre roi saint Étienne ait établi l’État hongrois sur des fondations fermes il y a mille ans, et qu’il ait fait de notre pays une partie de l’Europe chrétienne. » Magnifique ! Imaginons une Constitution française sous la tutelle de Clovis et de Saint-Louis… Autre symbole, le drapeau hongrois retrouve ses armoiries, ceintes de la couronne de saint Étienne.
Les références nationales ne sont pas seulement historiques. Le Constituant renoue avec l’ensemble de la nation hongroise en offrant la citoyenneté aux minorités hongroises vivant sur les territoires perdus en 1920 et situées aujourd’hui principalement en Slovaquie et en Roumanie. Près de 500 000 personnes pourraient bénéficier de ce mécanisme qui s’apparente à celui offert par la République d’Irlande aux Irlandais du Nord.
La Hongrie a un taux de fécondité très faible : 1,3 enfant par femme. Afin d’enrayer cette crise démographique, la Constitution rejette la « culture de mort » et entend dorénavant protéger « le mariage, considéré comme l’union de base la plus naturelle entre un homme et une femme et fondement de la famille ». Posant comme principe que « la vie et la dignité humaine sont inviolables », elle affirme en outre que « depuis sa conception, la vie mérite d’être protégée comme un droit humain fondamental ».
Dans une période de crise culturelle et d’échec des idéologies, la Hongrie prouve que le modèle postmoderne occidental n’est pas irrésistible. Il faut arrêter de penser que la globalisation impose nécessairement la postmodernité. Il existe des constantes dans les peuples qu’un siècle ne suffit pas à effacer, n’en déplaise aux idéologues.
Grégor Puppinck