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Crise de l'euro : l'exemple italien du risorgimento

Philippe Conte

Source :La Nef n°216 de juin 2010
L’Europe s’enfonce dans la crise : la rigidité imposée par l’euro, monnaie unique,
en est très largement responsable. Un phénomène identique s’est produit au XIXe siècle en Italie lors de l’unification, entre le Nord et le Sud. Explications.


La Grèce, Airbus, le Risorgimento, la dette publique : quel lien unit ces quatre éléments? En fait pour trois d’entre eux il est assez évident : il s’agit du rôle de l’euro, nous y reviendrons. Mais qu’ont de commun la crise grecque, le gouffre de la dette publique française et les difficultés d’exportation de notre fleuron industriel avec cet événement historique italien que nous avons survolé durant nos années de lycée ?
La distance n’est toutefois pas si grande. En effet, le Risorgimento, mouvement pour « l’unité italienne », a bien des points communs avec le mouvement pour « l’unité de l’Europe ». Ce sont les mêmes cercles libéraux qui les ont promus par-dessus les peuples, en s’opposant aux monarchies et à l’ensemble des structures traditionnelles, dont au premier chef l’Église catholique. Ainsi il n’est pas inutile de revenir sur des aspects méconnus du Risorgimento pour comprendre ce qui est en jeu aujourd’hui dans bien des aspects de la construction européenne.

Bref rappel historique. Lorsqu’après les révolutions de 1848, l’Europe entière bruisse des mouvements nationaux, l’Italie est une des régions où les soubresauts sont les plus vifs, les plus violents. Le mouvement, encouragé par toutes têtes bien pensantes du Nord, attisé par la présence autrichienne en Lombardie et en Vénétie, se répand dans tout le nord de la péninsule avec puissance et rapidité. Après les victoires de 1859, acquises grâce à l’alliance française, tout le nord de la péninsule est aux mains de Cavour, le premier ministre du royaume de Piémont. L’unité bute alors sur deux obstacles : les États pontificaux et le royaume des Deux-Siciles. Dans les deux cas l’unité sera imposée par les armes. De plus, dans la partie continentale du royaume des Deux-Siciles, le peuple va se soulever contre le nouvel ordre politique. Les causes de cette révolte populaire sont multiples : attachement à leur roi François II, réaction contre la politique ouvertement anticléricale du nouvel État italien, causes sociales. La répression féroce du « brigandage » fera selon les estimations les plus courantes environs 20 000 morts avec son lot de massacres de civils par les troupes gouvernementales ! La conséquence de cette annexion de force fut, dès 1862, le remplacement du Ducat par la Lire piémontaise.
Dès cette première période, le niveau de change monétaire, le régime fiscal, les droits de douanes, le gouvernement économique seront décidés en fonction des intérêts du Nord. Très rapidement l’industrie de l’ex-royaume des Deux-Siciles va péricliter. Elle possédait pourtant de nombreux fleurons : sidérurgie en Calabre, constructions navales et ferroviaires en Campanie. Tout cela va s’effondrer, poussant les habitants du Basilicate, de la Campanie, de la Calabre à l’exode vers le Nord, vers l’Amérique, vers l’Algérie. Un siècle et demi après, le Sud est toujours une « zone déprimée » malgré tous les plans de soutien, les actions de relance, les tentatives de relocalisations, rien n’y fait : le Sud est toujours en crise et n’a trouvé d’autre solution pour se défendre du Nord que le développement du crime organisé !
La question qu’il faut donc se poser aujourd’hui est de savoir si un tel scénario catastrophe est possible pour le sud de la zone euro pour des raisons assez similaires.

Où la comparaison peut aider la raison. Depuis la création de la monnaie unique en janvier 1999, on a pu constater, au niveau national, un effondrement de l’emploi industriel en France. En effet, celui-ci était resté stable à environ 3,8 millions entre 1994 et 1999 ; mais peu après cette date la chute est vertigineuse pour parvenir à 3,2 en 
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