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Croire en la paix

Editorial

Geffroy Christophe


Source : La Nef n°205 de juin 2009
Le voyage du pape en Terre Sainte a confirmé qu’il était possible d’être l’ami d’Israël, de se réjouir du rapprochement historique entre Juifs et chrétiens, et d’être cependant critique sur la politique des gouvernements israéliens dans leur approche du problème palestinien. Benoît XVI a plusieurs fois insisté sur l’aspect irrévocable de la « réconciliation authentique et durable entre les chrétiens et les Juifs ». Il a également affirmé le droit d’Israël à l’existence et à la sécurité dans des frontières reconnues par la communauté internationale. Mais la « sécurité » ne justifie pas l’emploi de n’importe quel moyen : une paix durable ne peut régner sans la justice. Et celle-ci suppose de reconnaître la légitimité des revendications du peuple palestinien à un État souverain et indépendant, le pape l’a souligné fortement à deux reprises au moins.
Lorsque l’État d’Israël est proclamé en 1948, son territoire fait 14 000 km2 et exclut la Cisjordanie, Gaza et Jérusalem-Est. Le nouvel État n’est pas reconnu par les pays arabes voisins qui lui font la guerre aussitôt. Le conflit tourne à l’avantage d’Israël qui en profite pour élargir son territoire (qui augmente de 6000 km2), ce qui provoque l’exode massif de 900 000 Palestiniens. La deuxième guerre israélo-arabe de 1967, dite des « six jours », est une nouvelle victoire écrasante pour Israël qui annexe le Sinaï (rendu à l’Égypte en 1978), le Golan syrien, la Cisjordanie, Gaza et Jérusalem-Est. Certes, Israël n’a fait que se défendre lors de ces deux conflits, mais l’annexion des « territoires occupés » ne peut qu’exacerber le sentiment d’injustice et d’humiliation des Palestiniens qui occupaient la Terre Sainte bien avant l’arrivée des premiers colons juifs à la fin du XIXe siècle. L’ONU, par sa fameuse résolution 242 de 1967, exige alors le « retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés ». En vain.

Depuis, les positions de part et d’autre – excepté quelques éclaircies comme les accords d’Oslo (1993) prévoyant l’autonomie palestinienne en Cisjordanie dans un délai de cinq ans, accords non appliqués – n’ont quasiment jamais cessé de se raidir : du côté palestinien, l’OLP, créé en 1964, ne reconnaît pas le droit à l’existence d’Israël, basé sur des « décisions illégales » (1) en violation du droit à l’autodétermination du peuple occupant ce territoire et n’hésite pas à recourir au terrorisme. En 1988, sous l’égide de Yasser Arafat, l’OLP reconnaît enfin Israël, mais le Hamas, créé l’année précédente, reprend à son compte la position la plus extrême contre l’existence même d’Israël et mène des opérations terroristes meurtrières en Israël – le Hamas et la droite dure israélienne ont alors un intérêt commun à détruire l’Autorité palestinienne, que ne veulent ni les uns ni les autres. En suscitant le désespoir chez les Palestiniens, les « faucons » israéliens n’ont ainsi cessé de faire le lit du Hamas…
Du côté israélien, rien n’est fait pour apaiser l’adversaire vaincu et humilié : loin d’envisager de céder les territoires occupés, Israël entame en 1985 l’implantation de colonies juives en Cisjordanie et Gaza (elles seront retirées de Gaza en 2003 sur ordre de Sharon qui préfère favoriser la Cisjordanie). De 50 000 colons en 1985, on passe à 150 000 dix ans plus tard, ils sont près de 450 000 aujourd’hui. Comment envisager la solution de deux États quand elle est aujourd’hui rendue physiquement impossible par les centaines de milliers de colons juifs qui morcellent la Cisjordanie en zones étanches, rendant impossible toute communication entre des communautés palestiniennes voisines parfois de quelques kilomètres ? Et quand l’érection d’un mur de séparation entre colons juifs et Palestiniens complique encore les choses ? Dans le même esprit, le gouvernement israélien de M. Netanyahou officialise l’annexion de Jérusalem-Est en proclamant en 1998 la création du « Grand Jérusalem », faisant ainsi clairement comprendre 
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