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De l'islam au christianisme

Annie Laurent

Source :La Nef n°183 de Juin 2007
Les conversions de musulmans au christianisme sont plus nombreuses qu’on ne le croit, aussi bien dans des pays musulmans qu’en Europe. Le principal obstacle tient aux difficultés que suscite l’islam à l’encontre de ces convertis regardés comme des traîtres et des criminels.


En l’espace de quelques mois, deux « faits divers » douloureux sont venus rappeler le risque qu’il y a pour un musulman de suivre le Christ et pour un chrétien d’annoncer l’Évangile en milieu islamique.
Le premier concernait un Afghan, Abdoul Rahman, âgé de 41 ans. Ayant découvert le christianisme à l’occasion de son travail pour une organisation non gouvernementale chrétienne œuvrant au service de ses compatriotes réfugiés au Pakistan, il avait été baptisé en 1990 puis était parti vivre en Allemagne avant de rentrer chez lui. En mars 2006, on apprenait son incarcération, sur dénonciation de ses propres enfants, et la peine de mort qu’il encourait pour cette conversion. Grâce aux pressions internationales, entre autres celles de Benoît XVI, exercées sur le président Hamid Karzaï, Abdoul Rahman fut finalement déclaré atteint d’une maladie psychiatrique (ce qui atténuait sa responsabilité et l’exemptait du jugement) et, libéré, quitta Kaboul pour l’Italie où il réside depuis lors avec le statut de réfugié politique. De sa prison, il avait déclaré : « Je suis pleinement conscient de mon choix. Si je dois mourir, je mourrai […]. Quelqu’un, il y a longtemps, l’a fait pour chacun d’entre nous ».
Le second drame s’est déroulé en Turquie. Le 18 avril dernier, trois missionnaires protestants étaient égorgés à Malatya (la ville natale d’Ali Agça, celui qui avait attenté à la vie de Jean-Paul II) par cinq jeunes gens. L’une des victimes était un Allemand, les deux autres des Turcs convertis de l’islam, Necati Aydin (36 ans) et Ugur Yuksel (32 ans). Ils travaillaient dans une imprimerie éditant des Bibles en turc. Les tueurs ont justifié ces assassinats par la nécessité de « protéger leur pays ». Le pasteur Ihsan Ozbek, responsable de l’Alliance des Églises protestantes de Turquie, s’est déclaré « horrifié, mais pas surpris », ajoutant : « Malgré notre espérance, nous savons qu’il ne s’agit pas de notre dernier martyre ».
L’Afghanistan tout comme la Turquie ont bien adhéré à la Déclaration universelle des droits de l’homme qui garantit la liberté de conscience mais, en ce domaine, dans les deux pays, la loi et les coutumes locales priment. La Constitution de la République islamique d’Afghanistan, adoptée en janvier 2004, stipule qu’« aucune loi ne peut être contraire aux principes de la charia » (loi islamique). Dans la Turquie « laïque », les activités missionnaires chrétiennes sont perçues comme une atteinte à la sécurité nationale et ceux qui s’y adonnent sont passibles de peines de prison pour infraction à l’article 301 de la Constitution qui restreint la liberté d’expression dans certains secteurs dits « sensibles ». Rappelons que cette « laïcité » mise en place par Atatürk ne signifie pas neutralité de l’État en matière religieuse (comme en France, du moins en principe), mais mise sous tutelle gouvernementale de « la » religion des Turcs, l’islam sunnite.
Du point de vue musulman, renoncer à l’islam par un acte formel tel que le baptême est donc considéré comme un crime. Sous l’appellation de ridda, celui-ci revêt une double dimension : apostasie de la foi et trahison de la communauté. Il est passible de la peine de mort, non en vertu du Coran qui promet cependant « la Géhenne » à l’apostat (4, 115), mais à cause d’une prescription contenue dans la Sunna (la Tradition prophétique, ayant valeur équivalente au Coran en tant que source du droit) qui attribue à Mahomet cette sentence : « Celui qui quitte la religion [l’islam], tuez-le ». Certes, tous les pays dont la population est à majorité musulmane et/ou l’islam religion d’État n’ont pas inclus cette sanction dans leur législation, mais la 
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