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De la politique comme possibilité

Contre-Culture

Jacques de Guillebon

Source :La Nef n°206 de Juillet-Août 2009
On nous dit qu’il y a eu des élections. Ah bon. Peut-être, en fait. Il est vrai qu’on nous a montré partout quelque chose que nous aurions faite sans le voir et sans le savoir ; quelque chose que nous n’avions pas comprise ; quelque chose qui nous dépasse, comme un fatum antique, comme une loi qui ne soit plus ni de nature, ni même divine, mais quelque chose comme des Erynnies qui auraient passé par là, cette force plus profonde que les maîtres qui nous gouvernent, ces démons d’un temps ancien qui resurgissent pour nous perdre. Car il paraît, tragique destin, que nous avons voté en masse et pour M. Sarkozy et pour M. Cohn-Bendit. Depuis les Grecs, la démocratie a toujours été l’art de la domination bourgeoise, une nouvelle preuve nous en est administrée. Car on ne peut supposer un instant que le peuple français – je sais, c’est un gros mot à Neuilly comme à Oberkampf – ait plébiscité ou le Président libéral ou le comique libertaire. On sait évidemment qui est allé voter et qu’à Paris intra muros, pour prendre ce seul exemple, l’UMP ait approché les 40 % de voix et Europe Écologie ait dépassé les 30 %, suffit à comprendre la non-représentativité de ce suffrage. Paris, cette ville « qui barricada cent fois ses rues et mit en fuite des rois », comme disait le poète, Paris qui est maintenant la cité sans peuple et la cité contre le peuple, est tombé depuis longtemps aux mains des Versaillais, de gauche comme de droite.

Alors, en l’an 2009, toute la Gaule est occupée ? Toute ? Non, car étrangement, étonnamment, quelque chose résiste au vieux nouvel ordre libéral, et cette chose se trouve au milieu du pouvoir. Cette chose n’est rien de moins que Nicolas Sarkozy lui-même et certains de ses conseillers, imagine-t-on, qui l’on incliné vers cette voie royale qui est pour le souverain de se laisser envahir et posséder par son peuple, contre les puissances contraires. Il est des grâces d’état, croyons-nous, et même en l’occurrence des grâces d’État. Qui eût parié un kopek il y a deux ans que le président du Fouquet’s puisse s’élever contre la finance internationalisée et vanter un modèle de production française protégée des actionnaires ? Qui eût rêvé qu’il se tienne à son discours de Valmy vantant la pérennité d’une culture française qui ne soit pas celle de la diversité obligatoire, de la discrimination positive sur critères ethniques, de la burqa banalisée, mais qui soit celle d’une laïcité bien comprise, d’un pacte social intransigeant sur les valeurs fondatrices de la communauté nationale et d’une sorte d’option préférentielle pour les pauvres ? Je ne crois pas que beaucoup y aient cru, autant parmi ses zélateurs que parmi ses détracteurs. Oh, nous savons bien l’absurde fixation sur le travail du dimanche ; nous n’oublions pas le mépris pour la famille en général ; nous n’omettons pas le ridicule spectacle passé de ses outrances de satrape. Mais nous croyons fermement que s’il y a un lieu où le parvenu puisse jamais se muer miraculeusement en grand seigneur, c’est certainement au sommet du pouvoir français. Ce pouvoir qui guérit aussi les écrouelles de celui qui l’exerce.

Rassurez-vous, nous n’appelons pas à voter Sarkozy, puisque bien au contraire nous constatons une réalité inverse : face à ses Parlements, l’autre jour à Versailles, devant des élus de la nation presque toujours assujettis à des intérêts de parti, c’était vraiment un monarque qui s’exprimait, un monarque dans le merveilleux sens du terme, qui est de paternité et de compassion avec les habitants de son royaume, la République française. Nous entendons déjà les glougloutements des bassidjis du « non-négociable » érigé en programme politique : oui, il n’y a pas de signes aujourd’hui que Nicolas Sarkozy puisse revenir sur les législations attentatoires à la vie sous toutes ses formes. Mais il n’y a pas de signes non plus qu’il aggrave cette situation. Et surtout, il y a des signes qu’une grande politique 
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