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De la révolution

Christophe Geffroy

Source : La Nef N°290 Mars 2017
Le centenaire de la révolution russe, à laquelle nous consacrons notre dossier ce mois-ci, nous invite à réfléchir à l’idée même de révolution. Historiquement, le mot renvoie essentiellement aux événements français de 1789 et russes de 1917. Dans les deux cas, un ordre ancien, aristocratique, a été brutalement remplacé par un nouveau régime se voulant plus égalitaire. La « révolution » a ainsi acquis un préjugé a priori favorable largement entretenu par le prêt-à-penser moderne. Au point que le mot s’emploie désormais en toute occasion et pour n’importe quoi, y compris dans le domaine religieux. Qui n’a pas déjà évoqué la nécessité d’une « révolution spirituelle » ou d’une « révolution de l’amour » ?…

Il est vrai que l’Évangile, par sa radicalité même, par la conversion à laquelle il nous invite, par la charité inconditionnelle qu’il prêche, peut sembler être en consonance avec la notion de révolution. S’il y a néanmoins une violence à exercer pour qui veut suivre le Christ, c’est envers soi-même seulement qu’il faut la diriger afin de tuer en nous l’homme ancien tenté par l’esprit du monde. De même, si la doctrine catholique enseigne que les hommes sont tous égaux devant Dieu, si elle a le souci des pauvres et des faibles en rappelant la destination universelle des biens, ce n’est certes pas seulement sur un plan spirituel, cela peut et doit se traduire sur un plan politique par de nécessaires réformes, mais non par une violence alimentée d’une quelconque haine, fût-elle de classes.

Car tel est bien le problème majeur des révolutions telles qu’elles se sont historiquement produites : leur outrance génère inévitablement une violence vite incontrôlée qui exacerbe la haine et crée des divisions profondes dans le corps social menant le plus souvent à la guerre civile. « Le mot de révolution, écrit Simone Weil, est un mot pour lequel on tue, pour lequel on meurt, pour lequel on envoie les masses populaires à la mort, mais qui n’a aucun contenu » (1). Si l’on s’arrête aux deux principales révolutions politiques de l’histoire, celles de 1789 et de 1917, nul doute que dans l’un et l’autre cas de substantielles réformes de structures étaient indispensables. En France comme en Russie, une aristocratie aveugle a bloqué toute évolution en s’accrochant à des privilèges exorbitants devenus, au fil des temps, disproportionnés par rapport aux services rendus.

On ne peut néanmoins s’empêcher de penser que le prix payé pour changer les choses a été démesuré et qu’il eut été préférable d’éviter ces épisodes sanglants dont on voit bien en France, après plus de deux siècles, qu’ils continuent d’être des ferments de divisions. Nos voisins ont su évoluer politiquement sans recourir à une révolution et ils ne s’en portent pas plus mal.

Ce que nous demandons à la révolution, explique Simone Weil, « c’est l’abolition de l’oppression sociale » ; mais celle-ci ne disparaît jamais, seuls changent les maîtres. La question est donc de savoir si cette oppression fait « peser jusqu’à l’écrasement physique et moral la pression de ceux qui commandent sur ceux qui exécutent » (ibid.). Dans cette hypothèse qui est celle d’une tyrannie particulièrement injuste, le renversement du pouvoir se légitime conformément aux critères classiques du tyrannicide énoncés par saint Thomas d’Aquin et rappelés par le Catéchisme : « 1/ en cas de violations certaines, graves et prolongées des droits fondamentaux ; 2/ après avoir épuisé tous les autres recours ; 3/ sans provoquer des désordres pires ; 4/ qu’il y ait un espoir fondé de réussite : 5/ s’il est impossible de prévoir raisonnablement des solutions meilleures » (CEC, n. 2243).

LA SITUATION, APRÈS UNE RÉVOLUTION, EST SOUVENT PIRE QU’AVANT

Ni la France de 1789 ni la Russie de 1917 (qui était en guerre, ne l’oublions pas) n’étaient dans une situation telle qu’elle justifiât un coup de force. En Russie, le communisme a instauré 
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