Longtemps professeur d’ecclésiologie et d’œcuménisme à l’Université pontificale du Latran, Mgr Brunero Gherardini dirige la revue Divinitas depuis la mort de Mgr Antonio Piolanti, ancien recteur du Latran, qu’il secondait aussi à l’Académie pontificale Saint-Thomas d’Aquin. Peut-être le dernier grand survivant de l’« école romaine », Mgr Gherardini était aussi intervenu dans un volume d’actes du C.I.E.L., sur la conception luthérienne de la messe.
Désormais à la retraite, l’A. médite sur Vatican II en 9 chapitres, où il épingle la plupart des erreurs sur l’Église que l’on a voulu appuyer sur l’enseignement conciliaire. L’A. se demande si la formulation voire le contenu du concile n’aurait pas encouragé ou fourni au moins un point d’ancrage à de telles erreurs. Disons dès l’abord que sur ce point l’A. n’est jamais très clair, car il ne distingue pas toujours la limite entre les attaques adressées (habituellement à très juste titre) à des auteurs privés, et la critique (en soi légitime) de la formulation des textes, voire (et c’est alors illégitime) celle de la doctrine de ceux-ci. Son livre pourrait se résumer en deux thèses, lesquelles ne sont pas entièrement cohérentes entre elles.
— 1ère thèse (acceptable) : Bien que la doctrine même de Vatican II ne puisse pas être attaquée, il transpire dans la formulation de ses documents une certaine atmosphère, un souci de s’exprimer d’une nouvelle manière, reflet du prurit de nouveauté qui agitait les experts et les Pères conciliaires ayant élaboré ces textes. Cette atmosphère sous-jacente aux textes a refait surface après 1965 sous la forme d’un « esprit du Concile », responsable d’une « vulgate interprétative » de celui-ci, incompatible et avec la Tradition, et (souvent) avec le sens précis de ces textes. De la sorte, Vatican II est matériellement ou, si l’on préfère, indirectement responsable du grabuge postconciliaire. Citons à ce propos par exemple, en plein accord avec le cardinal Ratzinger : « Le cheval de Troie n’a pas vraiment consisté dans les documents conciliaires eux-mêmes ; ce sont plutôt certaines idées que des groupes de pression réussirent à faire entrer dans l’aula conciliaire, qui entraînèrent la maturation progressive d’une ligne qui a déterminé ensuite la culture postconciliaire » (p. 21). L’A. signale donc ensuite que ce mauvais esprit a gagné les Pères conciliaires dans leur majorité (ibid.). D’où la conclusion : « Tous, donc, sont coresponsables (dans le sens que nous avons expliqué plus haut) de la “révolution copernicienne” opérée par Vatican II et par ses appplications immédiates » (p. 22). (L’A. vise ici en particulier la réforme qui diminua le pouvoir de la Curie romaine).
— 2ème thèse (inacceptable dans ses conclusions) : Du fait que Vatican II ne s’est pas voulu un concile dogmatique et n’a pas défini de nouveaux points, il n’a pas engagé sa propre infaillibilité [exact], et par conséquent [mais là, ça ne suit pas !] on n’est pas tenu d’en accepter son contenu, on peut remettre en question sa doctrine, qui semble en divers points incompatible avec la Tradition [conclusion inacceptable] (par exemple, p. 246). Répondons : il est clair que le concile Vatican II n’a pas fait de définitions dogmatiques, ni engagé sa propre infaillibilité par de nouveaux enseignements définitifs. Mais il ne suit pas que la doctrine du concile peut être discutée. Si « infaillible » implique effectivement « indiscutable », « non-infaillible » ne veut pas dire « discutable ». Le magistère simplement authentique exige l’assentiment interne de l’esprit sans que cet assentiment soit absolu et irrévocable. Ce point échappe à l’A. en plusieurs endroits, par exemple p. 26, qui refuse à Vatican II une « force normative et obligatoire ». L’A. voudrait-il soudain prétendre que la plupart des enseignements des encycliques des prédécesseurs de Jean XXIII, par exemple, sont « non contraignants puisque non définitifs »