Recherche
Lettre électronique
Pour recevoir régulièrement des nouvelles de La Nef, entrez votre courriel et validez
Mon compte
  • Accueil
  • Archives de la Nef
  • Grands entretiens

Défendre la vie est possible

Entretien avec Mgr Jacques Suaudeau

Source :La Nef n°214 d'Avril 2010
Mgr Jacques Suaudeau est directeur scientifique de l’Académie pontificale pour la Vie. Après l’avoir rencontré à Rome, il nous a accordé un entretien passionnant explicitant la position de l’Église sur les sujets éthiques les plus controversés. La qualité et la précision de ses réponses nous ont poussés, exceptionnellement, à publier ce long entretien en deux parties. Ce mois-ci sont abordées les attaques contre la vie, les limites de la science, le problème de la démocratie et de la loi naturelle, enfin le drame de l’avortement. Le mois prochain, Mgr Suaudeau nous parlera du sida et du préservatif, de la procréation médicalement assistée, de l’euthanasie et il finira en nous présentant l’Académie pontificale pour la Vie.

La Nef – L’époque moderne semble se caractériser par des attaques tous azimuts contre la vie humaine, depuis la conception (avortement, recherche sur l’embryon), jusqu’à la mort (euthanasie), en passant par une mainmise de la biotechnique sur la procréation humaine (eugénisme, fécondation in vitro…) : comment expliquez-vous une telle dérive et peut-on l’arrêter ?
Mgr Jacques Suaudeau – Notre époque n’est ni pire ni meilleure que celles qui l’ont précédée : elle se trouve simplement disposer de nouveaux moyens techniques qui lui permettent d’agir avec plus de pouvoir sur la vie humaine. Qui augmente son pouvoir augmente aussi sa responsabilité. Or l’homme, conçu à l’image de Dieu, exprime dans ses actes à la fois la puissance du divin par les accomplissements souvent étonnants de son intelligence, et la faiblesse de sa condition de créature, qui lui fait souvent préférer les voies les plus faciles et les plus plaisantes, qui ne sont pas toujours les meilleures à long terme. Parmi ces choix négatifs de notre époque, il y a cette tendance étrangement mortifère de la culture, propre aux pays riches et développés, qui a fait passer du délit au droit les attentats contre la vie humaine. Toute la réflexion du pape Jean Paul II dans l’encyclique Evangelium vitae tourne autour de cette institutionnalisation de ce qu’il appelle la « culture de mort ».
Jean Paul II a analysé dans son encyclique les racines de cette « culture de mort » : perte progressive du caractère sacré et intangible de la vie humaine, sous-évaluation de la dignité de tout être humain, absolutisation de la liberté individuelle, la mort devenant un véritable « objet de droit », « crise de la vérité », dans une société qui est devenue sceptique sur la capacité de l’être humain à arriver à une vérité sur lui-même et sur ses actes, et finalement, mais très profondément, éclipse du sens de Dieu.
Moyennant quoi, ces transformations culturelles de la conscience vont de pair avec des transformations technologiques : les unes ne vont pas sans les autres, et les deux sont intimement entrelacées. C’est parce que la technique médicale a rendu la technique de l’avortement sûre, sans dangers, et presque sans risques de complications, que celui-ci a pu prendre une telle ampleur et se banaliser. C’est parce que le développement de l’endocrinologie gynécologique a permis de réaliser la « pilule contraceptive » et de lui assurer une diffusion considérable, que l’on en est venu à l’avortement pharmacologique.
De même, à l’autre pôle de la vie, la pharmacologie moderne permet aussi de réaliser, sans douleur et avec sûreté, euthanasie ou suicide assisté, « justifiant » la loi, aux Pays-Bas, en Belgique ou au Luxembourg, autorisant sans arrière-pensée de telles pratiques. De plus, les progrès médicaux ont, sans le vouloir, fourni des arguments plus convaincants aux partisans de l’euthanasie, qu’il s’agisse du maintien en vie, sans espoir d’amélioration, d’enfants gravement handicapés de naissance, ou de personnes adultes frappées de maladies neurodégénératives débilitantes. Ainsi, progrès techniques et évolution culturelle se sont nourris mutuellement, aboutissant à une industrie de la mort, 
Page 1 sur 6 1 2 3 4 5 6 »