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Des chrétiens pour la paix

Entretien avec Mgr Michel Sabbah, Patriarche Latin émérite de Jérusalem

Source :La Nef n°217 de juillet-août 2010
Mgr Michel Sabbah a été de 1987 à 2008 le premier Patriarche latin de Jérusalem d’origine palestinienne. Vingt années historiques qui ont vu deux intifadas, mais aussi l’installation de l’Autorité palestinienne, les négociations israélo-palestiniennes et leur enlisement. Il a participé à l’appel Kairos – Un moment de vérité, appel des chrétiens palestiniens à une paix juste et a la fin de l’occupation. Nous publions ici une version longue de l'entretien publié dans La Nef n°217 de juillet-août 2010.

Qu’est-ce que Kairos ?
C’est une réflexion chrétienne faite par des chrétiens palestiniens de la base, pas par des chefs religieux, sur la situation actuelle qu’ils vivent comme une situation difficile, une situation d’impasse. Ces chrétiens, croyant en Dieu, veulent voir précisément comment se manifestent la grâce, la providence, l’amour de Dieu dans les souffrances vécues. Kairos en grec veut dire moment, c’est le moment où se manifeste la grâce de Dieu, un moment de vérité où il s’agit de voir la vérité de Dieu, la vérité des hommes.
Les signataires sont des laïcs chrétiens engagés, qui ont un rôle dans la société, souvent des responsables d’ONG, et qui ont aussi demandé a des théologiens – et moi aussi – de les aider dans cette réflexion. Et nous les avons aidés. A l’origine ce sont donc des laïcs chrétiens qui réfléchissent, avec des théologiens tous palestiniens, issus du peuple chrétien, et de toutes les Eglises de Jérusalem : luthériens, anglicans, catholiques latins et orientaux, orthodoxes…

Pourquoi maintenant ?
Parce que le moment que nous vivons est très difficile, voilà plus de soixante ans d’occupation et on n’avance pas, on se demande où nous allons, est-ce qu’on reste enfermé dans cette épreuve, va-t-elle avoir une fin, que faire, comment réagir dans cette épreuve qui est notre vie quotidienne. En tant que chrétiens nous traitons avec toute réalité, que ce soit la joie, les difficultés, nous traitons avec toute réalité, dure ou non, et nous envisageons le comportement chrétien face a cette réalité. Cette réalité, elle consiste en un point, qui résume tout : l’occupation. Les gouvernants israéliens prennent ironiquement ce terme, ils disent que nous en faisons un mot magique : pour ces chefs politiques, l’occupation n’existe pas ou n’est pas la question, pour eux la question c’est le terrorisme palestinien. Mais pour nous l’occupation est centrale, c’est le pain quotidien de nos privations et humiliations: il s’agit de notre liberté, de notre terre. Les Israéliens répliquent : votre position est unilatérale, car le point central est le terrorisme palestinien qui nous contraint à vous maintenir sous l’occupation.

« Ils disent paix paix et il n’y a pas de paix » : c’est sur ce constat criant de vérité du prophète Jérémie que s’ouvre Kairos…
La question entre Palestiniens et Israéliens est de vouloir ou non la paix. Il n’y a pas de volonté de faire la paix. Israël ne se sent pas pressé de faire la paix car faire la paix c’est se limiter et se dépouiller d’une partie du territoire. La réalité c’est que rien ne change : permis, colonies, etc. Les titres des journaux changent chaque jour, des va-vient d’interventions, des projets d’idées, mais sur le terrain, dans notre situation quotidienne de privations et d’humiliations rien ne change

Kairos dit : « Il ne s’agit pas simplement d’une question politique mais plutôt d’une politique qui détruit la personne humaine… »
C’est une politique qui s’intéresse peut-être, et encore, à la personne humaine israélienne juive mais le Palestinien est classé terroriste, donc sa dimension humaine est cachée par cette classification comme terroriste. Mais la démolition de la personne humaine gagne l’Israélien : le démolisseur perd son humanité en traitant l’autre comme non-humain, et la haine mutuelle démolit la 
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