Mgr Michel Sabbah a été de 1987 à 2008 le premier Patriarche latin de Jérusalem d’origine
palestinienne. Il a participé à l’appel Kairos (cf. encadré) dont il nous parle ici.
La Nef – Pourquoi Kairos ?
Mgr Michel Sabbah – C’est une réflexion chrétienne faite par des chrétiens palestiniens de la base sur la situation actuelle qu’ils vivent comme une réalité difficile, une impasse. Cette réalité, elle consiste en un point, qui résume tout : l’occupation. L’occupation est centrale, c’est le pain quotidien de nos privations et humiliations : il s’agit de notre liberté, de notre terre. Les Israéliens répliquent : votre position est unilatérale, car le point central est le terrorisme palestinien qui nous contraint à vous maintenir sous l’occupation.
« Ils disent “paix, paix” et il n’y a pas de paix » : c’est sur ce constat du prophète Jérémie que s’ouvre Kairos ! Il n’y a pas de volonté de faire la paix. Israël ne se sent pas pressé de faire la paix car faire la paix c’est se limiter et se dépouiller d’une partie du territoire. La réalité, c’est que sur le terrain, rien ne change.
Kairos dit : « Il ne s’agit pas simplement d’une question politique mais plutôt d’une politique qui détruit la personne humaine… »
Le Palestinien est classé terroriste, donc sa dimension humaine est cachée par cette classification comme terroriste. Mais la démolition de la personne humaine gagne l’Israélien : le démolisseur perd son humanité en traitant l’autre comme non-humain, et la haine mutuelle démolit la personne humaine des deux côtés.
Kairos parle de « résistance palestinienne légitime à l’occupation israélienne » et dit que « chaque citoyen doit être prêt à défendre sa vie, sa liberté et sa terre ».
Nous respectons tous ceux qui sont morts pour la patrie même si nous désapprouvons certains moyens comme les attentats contre des civils, les attaques-suicides. Il faut bien d’ailleurs comprendre les racines du terrorisme. Le terroriste, c’est celui qui commet l’acte terroriste, celui qui envoie faire l’acte terroriste, et celui qui provoque l’action terroriste : c’est-à-dire l’occupation. Sans occupation, ici, en Palestine et en Israël, il n’y aurait pas de terrorisme.
Kairos dit que « l’occupation israélienne des Territoires palestiniens est un péché contre Dieu et contre la personne humaine. »
Dépouiller quelqu’un de sa liberté, l’humilier, violer sa dignité, est un péché qui ressort du commandement « Tu ne tueras pas » : ne pas tuer physiquement, ne pas tuer moralement. C’est un péché contre la personne humaine, donc contre Dieu. C’est un péché collectif, un péché social, c’est une structure de péché car il s’agit de tout un peuple qui est soumis à un péché par un autre peuple.
Kairos dit que « le recours à l’Écriture Sainte pour soutenir des politiques se fondant sur l’injustice transforme la religion en idéologie. »
C’est un mystère : la religion devrait être essentiellement une adoration de Dieu et donc une acceptation de sa créature. Au lieu de cela la religion devient la force la plus grande pour tuer, exclure, dominer. La religion ne peut commander que l’acceptation de l’autre. Sinon c’est une idéologie de groupe, exclusive et agressive. On prétend défendre Dieu mais on se défend soi-même, on se fait soi-même Dieu, mais comme on n’est pas Dieu on devient un monstre.
La promesse de la terre est conditionnelle : la condition, c’est le respect de ses commandements. La parole de Dieu doit être interprétée selon la nature de Dieu. Le critère est simple. Dieu est bon, donc si on interprète un texte contre la nature de Dieu, si on interprète sa parole contre sa bonté, c’est une interprétation fausse.
Kairos dit : « La résistance au mal