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Dieu va nous surprendre

Père David Neuhaus


Source : La Nef n°213 de mars 2010
Le jésuite David Neuhaus, converti issu d’une famille juive allemande réfugiée en Afrique du Sud lors du régime nazi, a été nommé l’an dernier responsable des catholiques d’expression hébraïque en Israël. Témoignage d’un prêtre israélien.

Quelle est la réalité de la communauté catholique hébraïque aujourd’hui ?
P. David Neuhaus
– La communauté catholique d’expression hébraïque compte aujourd’hui sept centres : quatre hébréophones et trois russophones. Le Vicariat compte une dizaine de prêtres, pour des raisons diverses tous étrangers, la plupart européens, sauf moi-même. Nos sept centres sont directement liés à environ 450 à 500 personnes qui sont formellement en lien avec la communauté. C’est une évaluation juste et récente car nous avons fait les statistiques pour le Patriarcat. La communauté catholique hébréophone est donc une toute petite réalité. Mais nous avons une conscience aiguë que la réalité à servir est bien plus vaste. Il ne s’agit pas seulement d’un service sacramentel, mais aussi éducatif.

Le défi de la communauté est à la base de vivre sa foi en hébreu, mais qu’en est-il des nombreux ouvriers et autres immigrés non hébréophones, comme par exemple ces 30 000 travailleurs philippins qui comptent de nombreux chrétiens ? En revanche leurs enfants qui sont inscrits dans des écoles israéliennes, un millier pour les Philippins, deviennent très rapidement hébréophones. Il y a aussi le cas des réfugiés accueillis en Israël, comme ces huit à dix mille Soudanais qui par définition ne parlent pas hébreu – mais leurs enfants en revanche sont assimilés dans la société israélienne par le biais de l’école et deviennent hébréophones.

Cette réalité de l’immigration souvent chrétienne est une réalité que nous n’avons pas réussi à traiter dans le passé : ainsi ces centaines de Vietnamiens catholiques issus des boat people dont les enfants ont été totalement assimilés dans la société israélienne laïque. Un autre exemple est celui des centaines de réfugiés libanais de l’Armée du Liban Sud, chrétiens pour la plupart, qui n’ont évidemment pas été accueillis dans des villes arabes mais dans des villes juives et dont les enfants aujourd’hui sont davantage hébréophones qu’arabophones. Il y a aussi le cas des Arabes chrétiens d’Israël qui vivent en milieu hébréophone : ainsi des dizaines de familles chrétiennes palestiniennes qui travaillent et vivent à Teillât ou Beersheba et dont les enfants vont dans des écoles hébréophones. Il y a le cas aussi des villes mixtes, où la plupart des chrétiens locaux sont arabophones et hébréophones.

Bref, la réalité que nous devons servir est beaucoup plus vaste que notre réalité actuelle et cette conscience se développe. Nous devons passer d’une petite réalité très belle et légitime – vivre en chrétiens dans un milieu israélien judaïsant, qui reste le noyau du Vicariat – à une dimension missionnaire dans la société israélienne. Notre première mission est de préserver l’identité chrétienne des enfants issus de l’immigration chrétienne. De l’ancienne Union Soviétique sont venus dans les dernières décades de nombreux immigrés devenus citoyens israéliens mais en fait souvent – et parfois en secret – chrétiens. Mais ces communautés russophones sont très sous-développées et sont une réalité très pauvre, peu organisée. Ceux qui étaient foncièrement chrétiens ont fini souvent par quitter le pays : en gros, 10 % du million d’immigrants russes, et dans cette centaine de milliers un grand nombre de chrétiens. De plus, la majorité de ces chrétiens-là sont orthodoxes. Pour la plupart des immigrants, l’hébraïsation rapide des enfants via les écoles israéliennes est une réalité massive. Il nous faut avoir le courage de passer d’une vision originelle théologique, spirituelle et pastorale – qui reste centrale – à une vision plus actuelle qui embrasse les nouvelles réalités de l’État d’Israël : immigrés chrétiens, 
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