Dans son discours annuel au Tribunal de la Rote romaine, Benoît XVI a insisté sur
le lien entre droit et vérité dans le cas des examens de reconnaissance de nullité de
mariage. C’est l’occasion d’expliquer la position de l’Église sur ce sujet sensible.
1. Une situation complexe et douloureuse. La pastorale des personnes divorcées remariées (après un premier mariage sacramentel célébré dans l’Église) est certainement une des questions les plus difficiles, les plus douloureuses et les plus débattues aujourd’hui. Les catholiques savent bien que ceux qui sont dans cette situation ne peuvent accéder à la communion eucharistique ni obtenir de l’Église une célébration pour bénir leur nouvelle union.
Cependant, ils doivent aussi faire l’objet de la sollicitude des pasteurs et de la bienveillance de leurs frères chrétiens tant il existe des situations douloureuses, malheureuses et parfois tout à fait injustes lorsque, par exemple, l’un des deux membres du couple abandonne le domicile conjugal et familial, laissant à l’autre la charge des enfants. Dans cette hypothèse, la loi étatique se doit de le contraindre de prendre au moins en charge le soutien matériel du foyer. De même le soutien d’une communauté fraternelle chrétienne (paroisse, réseau de familles, mouvements d’Église, voisinage…) est d’un grand réconfort tant pour celui qui a été abandonné que pour les enfants qui sont les premières victimes de cette injustice que constitue le divorce.
Enfin, l’Église, par la voie de ses tribunaux ecclésiastiques, que l’on appelle Officialité, peut être amenée à examiner si la première union a bien été célébrée validement. En effet, pour contracter un mariage, il faut être libre et responsable, avoir un niveau suffisant de maturité humaine pour engager toute sa vie, être capable psychologiquement d’assumer les obligations essentielles du mariage et vouloir ce mariage avec les éléments spécifiques qui le constituent (unité, indissolubilité, fécondité).
La préparation pastorale de la célébration du sacrement, dont l’Église ne cesse de rappeler l’importance et les exigences, cherche à pallier les ignorances, lacunes doctrinales et failles comportementales de bien de nos contemporains. Il est vrai que la mentalité ambiante ne pousse guère à la fidélité et à l’engagement durable. Il est alors bien difficile de suppléer des failles aussi importantes dans l’éducation. Cependant l’Église défend la capacité de l’homme de donner un consentement éclairé et d’engager par là toute sa vie.
2. Le rappel de Benoît XVI. La défense et l’illustration des droits et des devoirs de la famille ont pris depuis le début du XXe siècle une place prépondérante dans l’enseignement pontifical. Chaque année, le Souverain Pontife, à l’occasion de la rentrée judiciaire, adresse un discours aux juges auditeurs et au personnel du Tribunal de la Rote romaine. Ce Tribunal suprême a pour mission principale de juger des causes matrimoniales en troisième instance (pour qu’un mariage soit déclaré nul, il faut que le tribunal de première instance et le tribunal d’appel reconnaissent les mêmes motifs de nullité. Si les deux sentences ne sont pas identiques, il revient à la Rote de trancher en faveur de la nullité ou de la validité du mariage). La jurisprudence de la Rote, publiée régulièrement, est une des sources d’interprétation du droit et constitue une aide précieuse pour les tribunaux inférieurs pour rendre leurs propres décisions. De même le discours annuel du pape a une valeur particulière car c’est l’occasion pour le juge suprême de rappeler tel ou tel point de doctrine ou d’attirer l’attention de la communauté judiciaire ecclésiale sur tel danger ou dérive toujours possible. Certains discours de Jean-Paul II sur le recours aux expertises, la nature des troubles psychiques pouvant entraîner une incapacité à donner un vrai consentement, les relations entre pastorale et droit ou encore les droits de la défense, ont fait date