Recherche
Lettre électronique
Pour recevoir régulièrement des nouvelles de La Nef, entrez votre courriel et validez
Mon compte
  • Accueil
  • Archives de la Nef
  • Église
  • Rome, Magistère

Eglise, libéralisme et liberté

Source :La Nef n° 129 - juillet-aout 2002
Le libéralisme a été l’ennemi de la contre-révolution catholique au XIXe siècle.  Un siècle plus tard, l’Église proclamait cependant la liberté religieuse.  Analyse de la position du Magistère.
 

Le pontife romain peut et doit se réconcilier et composer avec le progrès, le libéralisme et la culture moderne » : telle est la quatre-vingtième et dernière proposition recensée dans le Syllabus, catalogue d’erreurs joint à l’encyclique Quanta cura de Pie IX. La vérité de la proposition contradictoire, qui serait du type : « le pape n’a certes ni la mission ni l’obligation morale de s’aligner sur les principes d’un monde inchrétien ! », traduit à elle seule l’attitude du magistère face aux idéaux de la société issue de 1789 : rejet de l’idéologie mais non pas fermeture a priori au sens authentique des valeurs invoquées. Il est d’abord certain que les idéaux mis en avant par la Révolution sont marqués par une « faute originelle ». Selon la compréhension des philosophes des Lumières, la liberté est une émancipation de la raison par rapport à la Révélation, un affranchissement de l’État par rapport à l’ordre surnaturel, une autonomie de la loi civile positive à l’égard de la loi naturelle et de la morale chrétienne. Dans cette « liberté libertaire » sont impliquées et la revendication de la séparation de l’État et de l’Église (séparation de l’école et des congrégations) et la mise sous tutelle de l’institution ecclésiale, ennemie de la liberté, qui contrecarre ce projet laïciste. L’Église ne pouvait évidemment que se heurter au non serviam sous-jacent à l’idéologie des droits de l’homme, à la soustraction de l’ordre social de toute influence chrétienne, à la mise en cause de la libertas Ecclesiæ âprement défendue depuis la réforme grégorienne.  Fallait-il cependant en rester à ce choc frontal ? Là nous semble se situer la question décisive. La liberté, pour avoir été confisquée par la pensée révolutionnaire, n’en est pas moins une valeur éminemment chrétienne, à ne pas abandonner à l’adversaire ! « Le problème des années soixante », a écrit le cardinal Ratzinger, « était d’acquérir les meilleures valeurs exprimées de deux siècles de culture libérale. Ce sont en fait des valeurs qui, même si elles sont nées en dehors de l’Église, peuvent trouver leur place – purifiées et corrigées – dans sa vision du monde. » Il reviendra par conséquent au magistère ecclésiastique de préciser selon quelle acception ces idéaux sont recevables par l’Église. Dans un troisième temps, l’Église pourra sans arrière-pensée s’engager dans le combat pour la promotion même de ces valeurs : face aux grands totalitarismes, ne convenait-il pas d’affirmer que la personne humaine – qui n’est pas seulement partie du tout qu’est la cité mais qui est aussi ordonnée, selon d’autres virtualités, à un bien « plus commun » qu’est la béatitude – dépasse, dans sa recherche de l’absolu religieux, la compétence (juridictionnelle) coercitive des pouvoirs publics, dans les limites d’un ordre public juste.  Ces trois moments nous semblent assez bien correspondre à la trilogie constituée par le Syllabus reprenant les diverses condamnations de Pie IX (précédé de Mirari vos de Grégoire XVI), l’encyclique Libertas praestantissimum de Léon XIII qui définit positivement la liberté et aborde la question de la tolérance et la Déclaration Dignitatis humanae de Vatican II sur le droit à la liberté religieuse. Pour comprendre que le passage entre ces différentes étapes est homogène, il faut bien sûr établir que, sous le même nom « liberté », le sens de ce qui a été rejeté diffère du sens de ce que l’on retient. Il importe par conséquent de mettre en œuvre les principes d’interprétation théologiques pour ne pas opposer entre elles des propositions qui ne portent pas formellement sur le même point. Dans le cadre restreint de cette enquête, nous présenterons d’abord le Syllabus, document symbolique s’il en est 

Page 1 sur 5 1 2 3 4 5 »