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Eh bien, la guerre !

Editorial

Jacques de Guillebon

Source : La Nef N°238 DE JUIN 2012
Les tortueux chemins de la démocratie de parti nous ont donc replongés, une fois nouvelle, une fois encore, comme pour un éternel retour, dans les bras de la gauche de gouvernement, comme on dit dans la télé. Ce n’est pas que nous puissions regretter la chute de la maison UMP qui aura en dix ans fait la preuve de son ignorance, de ses ridicules courtisans, de son mépris de la France et de la réalité ; ce n’est pas que nous puissions regretter que soit tombé un tyranneau à la sauce postmoderne, c’est-à-dire mû par son seul miroir, par son seul narcissisme. C’est qu’il ait été remplacé par le même, le frère, le semblable, dont la folie est déjà décuplée par l’instinct de revanche. L’inconcevable danger de cette démocratie, c’est qu’elle porte systématiquement au sommet de la nation des êtres qui depuis quarante ans, au bas mot, se préparent entièrement à accéder aux honneurs, non comme s’ils devaient s’y faire serviteurs souffrants, non comme s’ils devaient devenir oblats pour le salut commun, non comme des dauphins qu’enseigneraient un Bossuet ou un Fénelon, mais simplement comme s’il ne s’agissait que de l’ultime compensation de leur vanité. Il suffit de mesurer la rage des vaincus, qu’ils soient Bayrou ou Royal, pour comprendre la logique de leur course aux honneurs. Rien de bien nouveau dans ces sentiments qui agitent le cœur de l’homme depuis l’éternité préhistorique. Mais nouvelle dans notre peuple d’hommes libres la capacité à s’y résigner, à croire que seul Machiavel avait raison, et que c’est sur son appétence à l’habileté, au mensonge et au vice que l’on peut juger et désigner le Prince. Il y avait pourtant des siècles, des millénaires de combats, depuis les mots d’Aristote et de Platon, quand nos aïeux ont combattu contre des mécaniques viciées et parfois contre eux-mêmes pour établir un mode de gouvernement qui restreigne autant que possible l’expression de la bassesse humaine. La démocratie, qui a ses vertus originelles, avait été conçue pour redresser les torts d’une monarchie devenue auto-idolâtre et sous certains aspects absolutistes ; mais de cette démocratie qui s’est elle-même plusieurs fois réformée, il n’est pas vain d’annoncer maintenant qu’elle a failli à sa tâche, c’est-à-dire de servir le bien commun. Elle a sombré et dans son mode de représentation des citoyens et dans ses valeurs : sa laïcophilie, si l’on peut dire, l’a menée au relativisme absolu, son incapacité à empêcher la formation permanente de coteries, de structures de domination médiatique et intellectuelle lui fera demain, si l’on n’y prend garde, légitimer toutes les monstruosités imaginables. Union des homosexuels devant monsieur le Maire, euthanasie, avortement « postnatal », tous les ingrédients de la déshumanisation seront bientôt réunis et imposés à des Français qui au fond n’en veulent pas, mais que l’on a terrorisés au nom du faux progrès.

Finalement, pourrait-on dire, nous autres chrétiens, tant que nous demeurons fidèles à notre Dieu et à ses commandements, peu nous importe. Nous saurons bien nous en tirer et essayer de demeurer, si la grâce nous est accordée, des fils de lumière devant sa face. Mais l’on sait aussi immédiatement que c’est un faux calcul, parce que cet abandon en pleine bataille serait déjà une perversion de notre vocation. Alors, ce sera la guerre, non pour imposer notre foi qui est un don de la Providence, mais pour refonder anthropologiquement, c’est-à-dire intellectuellement et empiriquement, notre monde commun. Il ne faudra peut-être pas moins de trois cents ans, comme il le fallut aux premiers chrétiens avant de déstabiliser la Rome païenne. Il faudra que nous parvenions et à demeurer de bons citoyens et à marquer notre refus de l’iniquité – non pas l’iniquité qui nous serait faite, parce que nous sommes nés pour cela, mais l’iniquité dont est déjà victime la vérité.
Il y a des armes dont nous disposons maintenant, si nous avons la force de les employer. Quand, ce qu’à Dieu ne plaise, 
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