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Election de Cyrille 1er : retour dans l’histoire

Jean-François Colosimo

Source :La Nef n°202 de Mars 2009
Avec l’élection du patriarche Cyrille de Moscou, c’est l’entière Orthodoxie qui revient définitivement sur la scène de l’histoire. Le XXe siècle n’aura été qu’un long martyrologe pour l’Église orthodoxe qui en est sortie diminuée, avec au prorata moins de territoires et de populations qu’elle n’y était entrée. Or, c’est de la contemplation de ce désastre qu’est née la vision dont le patriarche Cyrille est l’héritier. C’est à lui qu’il échoit de relever le pari, fou d’espérance, formulé au pire de l’enfer soviétique et qui n’était autre que celui de la résurrection.
Alors que finissait le patriarcat de transition d’Alexis II, l’Église de Russie devait choisir entre la fermeture sur sa sociologie, et l’ouverture à sa créativité. Or, un seul homme semblait à même de porter un tel projet. Il y avait été éduqué, préparé : Cyrille, alors métropolite de Smolensk, maîtrisant la civilisation planétaire du dialogue, les règles et usages des institutions internationales, les enjeux les plus contemporains qui ne se distinguent pas des enjeux propres à l’Orthodoxie, mais s’y superposent. C’est parce qu’il se situait lui-même à l’intersection de ces questions que Cyrille pouvait être décisif à ce carrefour où le patriarcat de Moscou n’avait pas rendez-vous qu’avec lui-même, mais aussi, selon le commandement de l’Évangile, avec la vie du monde.
Voilà donc Cyrille élu. En ce jour qui ouvre, certes au risque même de l’histoire, mais en risquant enfin l’histoire, une page nouvelle, s’ajoutent les évidences issues d’une campagne-éclair menée tambour battant et qui aura administré la preuve d’un sens visionnaire non moins évident, apte à balayer les pesanteurs comme les obstacles.
Tout d’abord, qu’en faisant taire les dissensions, le patriarche Cyrille a su unir sous son nom des tendances jusqu’alors contraires, voire antagoniques. Renversant l’opposition convenue entre progressistes et conservateurs, il a affirmé ensemble la nécessité d’une traduction dynamique de la théologie, adressée à l’homme contemporain, et la nécessité d’une transmission intégrale de la foi, maintenue dans la ligne de toujours. Ce faisant, il en a appelé à l’authentique Tradition qui est créatrice.
Ensuite, qu’en proposant un pacte renouvelé à la société, à commencer par ses élites, tout en affirmant la neutralité de l’Église en politique, le patriarche Cyrille a dégagé, d’instinct, l’Orthodoxie de la double embûche sur laquelle la fait buter la figure du monde depuis les Temps modernes et en a appelé à l’unique inspiration qui tienne, apostolique.

Enfin, qu’en acceptant tout du processus conciliaire engagé lors des préparatifs de l’élection, le patriarche Cyrille n’a pas seulement retiré une incontestable légitimité. Cette assemblée conciliaire qui a réuni des clercs et des laïcs, des hommes et des femmes, n’a pas seulement donné une leçon de démocratie à la Russie ou à d’autres grands corps religieux. C’est in fine dans l’incertitude que Cyrille s’est présenté devant elle. Ce faisant, il a réaffirmé, à la suite de l’Encyclique des Patriarches Orientaux, que le magistère de la vérité se tient dans le Peuple.
Renouer les fils du temps en promesses d’avenir : cette élection restera comme une refondation. Quels seront les gestes essentiels du nouveau patriarche de Moscou, demain ? Une rencontre avec le patriarche Bartholomée afin d’apaiser les craintes du plérôme orthodoxe ? Un dialogue avec le pape Benoît XVI pour guérir les plaies ravivées de l’Europe chrétienne ? Un discours à la tribune de l’ONU pour rassurer une planète toujours plus inquiète ? Laissons-le maître de son agenda.
Le patriarche a décidé de payer une première visite à Kiev, « le centre de l’orthodoxie russe ». D’abord, l’unité orthodoxe, préalable à la recherche de toute autre unité. Le chemin de crête est là, dessiné, revendiqué. Un christianisme orthodoxe qui n’a plus peur. Un christianisme orthodoxe de la liberté, 
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