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Elections européennes : le coup de grâce ?

Paul-Marie Coûteaux


Source : La Nef n°206 de Juillet-Août 2009
Après les Non de 2005 et 2008 lors des référendums français et irlandais, l’abstention record aux élections européennes sonne-t-elle le glas de l’Europe fédérale ?

Relayant la campagne menée à grands frais par la Commission de Bruxelles pour convaincre les dénommés « citoyens européens » de participer à « la grande consultation européenne », Mme Merckel et M. Sarkozy publiaient à la veille du scrutin une déclaration solennelle proclamant : « voter est le meilleur moyen de soutenir l’objectif d’une Union plus forte » ; les cabris de tous poils n’avaient qu’une idée en tête, le taux de participation, déjà fort bas en 2004 ; les uns pour se rassurer, tel Dominique de Villepin affirmant « le besoin d’Europe n’a jamais été aussi évident », d’autres pour s’inquiéter, telle Caroline Fourest, éditorialiste au Monde et à Charlie Hebdo, estimant qu’un « échec du taux de participation serait plus grave que l’échec du référendum sur le traité européen ». Malgré tant de mises en garde, le drame arriva : avec un taux de 43,2 % en moyenne, soit 2,6 points de moins qu’en 2004 (et compte non tenu des pays à vote obligatoire, sans lesquels ce taux serait moindre), l’Union européenne (UE) poursuit sa longue route vers l’union des peuples européens : contre elle.
Comme toujours, on incrimina les erreurs de communication ; déjà, en 1979, lors de la première élection au suffrage universel de l’Assemblée de Strasbourg, les 62 % de participation parurent bien faibles : Mme Veil appela à « un effort d’explication des enjeux de l’Europe », d’autres à une meilleure lisibilité des institutions européennes. Las, les peuples se détournèrent justement à mesure que vinrent les explications : 59 % de votants en 1984, 57 % en 1994… On répéta alors que, les pouvoirs de ce qui était devenu le Parlement européen ayant été considérablement étendus par les traités de l’UE, l’enjeu électoral devenait primordial. Rien n’y fit : 49,5 % de votants en 1999, 45,8 % en 2004, 43,2 % cette année.

Un pouvoir non reconnu

Que conclure sinon que, si les électeurs se détournent d’un pouvoir grandissant, c’est qu’ils ne le reconnaissent pas ? En Europe comme ailleurs, le continent n’est pas reconnu comme le cadre légitime de l’action politique. Conclusion corroborée par le fait que l’abstention est supérieure à la moyenne dans les 2 pays qui ont dit Non au traité Giscard : 36 % de participation aux Pays-Bas, 40,6 % en France – et moins encore si l’on tient compte de ce que, comme l’observe le Professeur Rouvillois, près de 4 millions de Français de plus de 18 ans ne sont pas inscrits sur les rôles électoraux, en sorte que la participation réelle est d’environ 37 %, moindre encore si l’on retranche les 781 483 blancs et nuls, 4,3 % des votants – deux fois plus que dans les autres consultations… Conclusion également corroborée par le fait que, selon une étude du CSA, parmi les votants de 2009, 52 % avaient voté Oui, 29 % Non : douchés par l’incroyable déni de démocratie du traité de Lisbonne, beaucoup se sont abstenus en signe de protestation. On peut légitimement parler de « refus de vote ». Qu’on n’invoque pas la paresse ou la négligence (en Estonie, où l’on votait de chez soi par internet, la participation est de 43,8 %) ; qu’on ne se retranche pas derrière le vieil argument selon lequel l’Europe est trop compliquée : lors du référendum de 2005, il y eut près de 70 % de votants ; qu’on ne cherche pas à noyer le cadavre dans la chute structurelle de la participation : lors des présidentielles de 2007, la participation atteignait 82 %…
Or, au soir même des élections, les commentateurs ont certes « regretté » le fort taux d’abstention, mais, loin d’en tirer la moindre conclusion sur la représentativité des élus et la santé de l’UE, ils passèrent aussitôt à l’annonce, répétée en boucle, de l’incontestable victoire de l’UMP et des Verts – 
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