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En quête d'un monde

Contre Culture

Jacques de Guillebon


Source : La Nef n°211 de janvier 2010
Ils sont trois. Ce ne sont donc pas les mousquetaires, ni les hussards qui comme chacun sait étaient quatre. Il faudra bien leur trouver un nom à ces trois lascars-là, mais pas de doute que le temps s’en chargera. Ils s’appellent Olivier Maulin, Pierre Chalmin et Sacha Ramos. Ils sont écrivains, nouvellistes et romanciers, ils ont à la louche entre 35 et 40 ans et surtout leur plume les révèle comme les protagonistes majeurs d’une nouvelle génération. On ne parlera pas d’une école, traître mot auquel aucune réalité jamais ne correspond, et d’ailleurs pour autant que nous sachions, ils ne se connaissent pas. Pourtant, ils ont la même ironie devant ce monde croulant, la même jovialité mélancolique dans le style, des dilections comparables pour le bon vin, la littérature déchirante et les jolies femmes qui permettent de les rassembler le temps d’un article. Mais ce ne sont pas tant leurs goûts qui les distinguent – après tout, nombreux sont les êtres humains dignes de ce nom qui peuvent encore les partager – que le talent inouï que les muses leur ont réparti pour, sinon leur donner un sens, animer ces goûts et en tirer une mouture délectable.

Nous ne mettrons pas d’ordre entre ces trois rêveurs emplumés, emplumés comme sont les écrivains et les chamanes cheyennes, puisque c’est plutôt leur solitude qui les réunit ici. Alors, allons-y gaiement, au débotté.

Maulin d’abord : en une trilogie de romans, le rouquin rondelet distingué par le Prix Ouest-France pour En attendant le roi du monde (à L’esprit des péninsules, comme les deux autres) a bâti un monde rocambolesque dont les héros Rodolphe et Lucien illustrent dans un humour colossal la vacuité menaçante. Proches du cynisme, et même du nihilisme, les personnages mauliniens en réchappent toujours par une poésie dionysiaque, fondamentalement inspirée. Touché par la grâce, Olivier Maulin tient de Céline une méchanceté rigolote, de Blondin l’art de tutoyer les anges et de l’univers du polar le sens de la situation.
Il y a ensuite Sacha Ramos, dont le Complot des apparences, récemment publié chez Léo Scheer, défie toutes les lois de la bienséance. D’une plume rapide, parfois saccadée, où l’équilibre est toujours retrouvé in extremis d’un mot, d’un bon mot aux conséquences métaphysiques abyssales, celui qui se présente comme l’auteur d’une « Elegie de Ran Tan Plan » et qui semble par ailleurs avoir été danseur, raconte le cauchemar contemporain dont l’épicentre européen est Barcelone, bien vite renommée « Barceclone » pour ce que tout le monde s’y ressemble, touristes ou jeunes teufeurs à piercing, engagés dans la même bien-pensance qui nie le tragique de l’existence.

Pierre Chalmin est un cas : doué d’un style à la Rivarol, le bonhomme semble avoir hérité aussi l’indolence de son illustre prédécesseur. Ce qui en fait un écrivain rare, dans tous les sens du terme. Amoureux de la bouteille et de son contenu, il lui arrive parfois d’achever des livres fragmentaires, comme cet incroyable Perdu en mer où les nouvelles désespérées alternent avec les réflexions d’un moraliste paradoxal. On y voit parfois passer un petit cours en dix chapitres sur l’Incarnation du Christ, au milieu d’une farce alcoolisée.

Trois auteurs en quête d’un monde. Ils n’aiment pas celui dans lequel ils sont nés, et encore moins ce qu’il est devenu. Pourtant, plutôt que d’en fabriquer une dépression, ils préfèrent souvent d’en rire (ce qui ne doit pas totalement empêcher les dépressions d’ailleurs). On n’emploiera pas le gros mot de quête spirituelle à leur égard, même si l’on n’en est pas loin dans leur constat d’impermanence des plaisirs mondains. Voudraient-ils s’en extraire vraiment, de ce monde qu’il ne s’agit plus, selon le mot de Philippe Muray, de changer mais de moquer ? Peu importe, on leur abandonne la réponse à leur intérieur silence. En revanche, on les remercie de ces assauts de vie qu’ils mènent parfois à leur terme et qui nous remémorent, 
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