Un rite liturgique n’est jamais figé. Pour que la forme extraordinaire ne devienne pas un objet de musée, il est nécessaire qu’elle vive en intégrant des choses nouvelles comme les nouveaux saints, par exemple. Voici quelques propositions qui n’engagent que leur auteur.
Les combats pour la « messe de toujours » – expression, avouons-le, peu rigoureuse – ont inévitablement cristallisé les énergies et les sentiments sur le point où elle en était restée : le missel de 1962, promulgué par Jean XXIII. La tentation se fait jour de faire de ce missel un absolu et un point fixe intangible. Or, et c’est le cœur de mon propos, j’ai la conviction que cette forme du rite peut rayonner, à condition de n’être pas figée. Pourquoi ?
Tout d’abord, rappelons-le, la liturgie s’est sans cesse enrichie, au cours des siècles, de nouveaux apports qui donnent à la messe dite de saint Pie V sa structure composite qui est le vivant et émouvant témoignage de l’histoire du christianisme occidental. Rappelons que l’offertoire comme nous le connaissons est daté du ixe siècle et l’élévation du xiiie. La musique liturgique a considérablement évolué ainsi que la manière de prononcer les homélies ou les ornements liturgiques. C’est d’ailleurs le propre d’une tradition que d’être vivante.
Une première raison qui pourrait pousser à introduire des changements dans l’état actuel de la forme extraordinaire du rite est la modification nécessaire du calendrier. Je n’évoque pas ici la difficile question de la différence des lectures entre les deux formes du rite (en passant je souligne seulement que l’idée d’introduire l’évangile de la forme ordinaire au milieu du propre de la forme extraordinaire serait un bricolage liturgique de mauvais aloi ; mais la persistance d’un hiatus reste problématique). Je pense plutôt aux nouveaux saints de l’Église dont il serait désolant que la forme extraordinaire ne les célèbre pas : Édith Stein, Maximilien Kolbe, Padre Pio n’ont-ils pas leur place dans la liturgie traditionnelle ? Je suggère donc une mesure un peu audacieuse : que les moines ou prêtres liturgistes, adeptes de la forme extraordinaire, composent de nouveaux propres dans la grande tradition du rite romain. Cela donnera un coup de jeune à cette forme liturgique et prouvera à ceux qui en doutent qu’elle est parfaitement adaptée à notre temps.
Une autre raison est de s’approprier le gros point positif de la réforme liturgique, à savoir le souci de l’enseignement et de la participation des fidèles qui rencontre le besoin profond d’une nouvelle génération de catholiques, plus familiers de la lecture de la Parole de Dieu. Pourquoi lire l’Évangile en latin avant de le lire en français (et d’ailleurs on ne le fait pas pour l’épître !), au risque d’en faire un temps mort qui ne favorise ni la prière silencieuse ni la méditation de la Parole ? Dans l’ordre de la participation des fidèles, confier la récitation du Pater au seul célébrant peut sembler dommageable : cette prière que Jésus nous a enseignée est par définition celle du peuple de Dieu rassemblé pour la liturgie. De même il ne serait pas inutile d’introduire dans les messes de paroisse le baiser de paix qui a une signification ecclésiologique considérable et qui pourrait être reçu et donné liturgiquement (notamment en descendant du célébrant aux fidèles).
Une liturgie pour tous ?
Cela m’amène à élargir la question : pense-t-on que la forme extraordinaire est réservée à une élite ou ouverte à tout le monde ? Je suis quant à moi persuadé qu’elle peut convenir à n’importe quel catholique (de même que la forme ordinaire peut toucher un habitué de la forme extraordinaire, quand elle est dite dans les conditions liturgiques requises). Mais encore faut-il qu’elle puisse être reçue par des catholiques qui ne sont pas des experts en liturgie, par des familles qui peuvent trouver un enrichissement dans ce