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Euro : la crise finale ?

Professeur Hervé Coutau-Bégarie

Source :La Nef n°231 de novembre 2011
Il y a quelque chose de pathétique dans la succession de sommets franco-allemands qui se succèdent sans désemparer pour essayer de sauver l’euro. Pathétique, mais en même temps dérisoire, car la crise n’est pas seulement liée à une conjoncture défavorable, elle est structurelle, pour ne pas dire génétique : l’euro était, dès le départ, une entreprise contre nature et le réel se venge d’avoir été négligé.

Il faut, en effet, partir de cette vérité d’évidence que nos eurocrates ont voulu ignorer : la monnaie n’a pas d’existence en elle-même, elle n’est que le reflet de l’économie réelle. Une monnaie unique suppose un espace économique unique, avec des conditions de production et des niveaux de vie comparables. Si cette exigence n’est pas remplie, la monnaie unique ne peut pas fonctionner. On le voit bien avec la Grèce, aujourd’hui étranglée par l’euro et qui n’a aucune possibilité de s’en sortir dans le système actuel. L’euro fort ne convient qu’à une économie forte, comme l’Allemagne qui a entassé 194 milliards de dollars d’excédents commerciaux sur les douze derniers mois, devançant même la Chine (173 milliards). Les Allemands se font aujourd’hui tirer l’oreille pour venir au secours des pays faibles de la zone euro qui se trouvent être les pays du sud. Ils estiment qu’ils n’ont pas à payer pour la démagogie de gouvernants et de peuples irresponsables qui se sont toujours refusés aux efforts qu’eux-mêmes ont consentis (portant l’âge de la retraite à 67 ans quand la France croit dépasser les limites du supportable en le portant à 62 ans, avec de multiples exceptions). On ne peut pas leur donner entièrement tort, même s’ils sont les grands bénéficiaires de l’euro. Les Grecs ne sont pas les malheureuses victimes d’un système implacable : ils en ont très largement profité, avec une fraude généralisée, une fonction publique pléthorique, des investissements somptuaires et des avantages sociaux exorbitants qui devaient bien se payer un jour.

Car l’euro est d’abord une fantastique machine à déresponsabiliser les gouvernements et les peuples. Puisqu’il n’y a plus de monnaie nationale, les marchés ne peuvent plus sanctionner des politiques budgétaires irresponsables. 23 des 27 pays membres de l’Union ne respectent pas les critères de Maastricht (déficit n’excédant pas 3 % du PIB). D’où un endettement public correspondant à 170 % du PIB en Grèce, 120 % en Italie, 81 % en France, s’ajoutant le plus souvent à un endettement des ménages et des entreprises lui aussi excessif.

Certes, ce n’est pas un phénomène spécifique à l’euro, même si celui-ci l’a incontestablement aggravé : les États-Unis sont dans le même cas avec une dette gigantesque devenue totalement hors de contrôle ; la Grande-Bretagne est en quasi-faillite et le gouvernement conservateur doit réparer les dégâts causés par une décennie de démagogie travailliste. La cause première de cette situation est la financiarisation de l’économie accomplie à marche forcée depuis les années 1980 sous l’emprise d’un libéralisme triomphant. Les banques comme Goldman Sachs ou Lehmann Brothers y ont gagné beaucoup d’argent avant d’être rattrapées par la crise qu’elles avaient elles-mêmes engendrée. La crise des subprimes constitue une gigantesque escroquerie qui est restée impunie. La puissance publique est invitée à recapitaliser des banques dont les fonds propres sont insuffisants, mais c’est un trou sans fond : le Fonds européen de stabilité financière prévoit d’injecter dans les banques environ trois cent milliards d’euros. Le gouverneur de la Banque du Canada, l’un des rares pays à avoir échappé à la crise des subprimes, estime que le Fonds devrait être porté à mille milliards du fait des dettes à financer. En priorité celles de la Grèce, de l’Irlande et du Portugal, mais aussi celles de l’Espagne et de l’Italie. En attendant la France, le seul pays bénéficiant d’une note AAA par les trois grandes agences de notations à 
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