Recherche
Lettre électronique
Pour recevoir régulièrement des nouvelles de La Nef, entrez votre courriel et validez
Mon compte
  • Accueil
  • Archives de la Nef
  • Politique
  • International

F.-G. Dreyfus : un exemple à bien des égards

Christophe Geffroy

Source :La Nef n°231 de novembre 2011
François-Georges Dreyfus était un grand bonhomme et je suis affligé de voir combien sa mort a largement été passée sous silence. Affligé mais non pas surpris, car le personnage avait son franc-parler et était d’une indépendance d’esprit qui finit toujours par heurter même une partie de ses « amis ». Oui, je crois bien que c’est cela qui m’a le plus frappé chez lui : cette liberté d’esprit qui est, hélas ! devenue si rare. Liberté d’esprit qui prenait une dimension toute particulière, car elle était alimentée par une immense culture servie par une mémoire exceptionnelle ! Il faut reconnaître qu’il ne faisait rien pour n’être pas rejeté par le « système » : juif devenu luthérien convaincu, il tenait des positions souvent plus catholiques que celles de bien des théologiens et fidèles de l’Église ; gaulliste jusqu’au bout, il a défendu la mémoire de Pétain face aux contrevérités historiques les plus grossières ; Européen militant, il a dénoncé l’orientation bureaucratique et anti-démocratique de l’actuelle « construction européenne » ; républicain, il côtoyait le prince Jean dans un cercle royaliste. Ce côté « inclassable » m’a toujours attiré, il me rappelait celui d’un autre collaborateur, pilier de La Nef, le grand ami Jean-Marie Paupert disparu l’an dernier.

En 1995, Gilbert Pérol était décédé et je cherchais un chroniqueur international : c’est François-Georges Dreyfus qui me fit l’honneur de m’appeler et qui me proposa de tenir la rubrique. Il est resté fidèle au poste seize années durant, apportant chaque mois son regard incisif et ses analyses originales sur la scène mondiale. Durant cette longue et fidèle collaboration, je regrette a posteriori que nous ne nous soyons pas rencontrés plus souvent : les échanges, pour décider du thème de sa chronique, se faisaient le plus souvent par téléphone. Il disposait ici d’une totale liberté – il le savait et je crois que c’est une des choses qu’il appréciait chez nous –, et s’il m’est arrivé d’avoir des réserves sur quelques rares articles, je dois surtout souligner une grande convergence de vue : il savait prendre les problèmes internationaux avec une hauteur qui permettait d’éviter les parti-pris trop passionnels. Que ce soit sur des sujets aussi sensibles que le Proche-Orient – avec Israël, pays qu’il aimait bien évidemment, mais dont il savait aussi critiquer la politique à courte vue –, les États-Unis, la politique étrangère française ou l’Europe, ses analyses étaient à la fois fortes et nuancées.

Lorsque nous nous rencontrions, nous déjeunions habituellement du côté de Saint-Lazare : je me souviens de la malice de son regard, du pétillement d’une intelligence rare, d’un homme qui pouvait être fier d’une belle carrière et qui, cependant, rencontra beaucoup d’obstacles en raison de cette liberté d’esprit évoquée plus haut – il ne fut élu à la Sorbonne qu’en toute fin de carrière –, mais dont il ne tirait aucune aigreur car il m’apparaissait comme un être fondamentalement modeste, ne cherchant nullement à se mettre en avant, d’une véritable humilité chrétienne.

Il avait cette double compétence d’être à la fois un maître de politique internationale et un historien chevronné, spécialiste d’histoire contemporaine. Ses nombreux livres d’histoire sur l’Allemagne, notamment, sont des références. De tous ces ouvrages, celui qui m’a le plus marqué et qui me semble sans doute le plus important est sa monumentale Histoire de Vichy (1990, 2ème éd. 2004), qui demeure un travail incontournable sur ce thème si controversé : très complète, elle ne cherche pas à juger, mais à expliquer, à comprendre, ce qui est après tout le rôle de l’historien, on l’a parfois un peu oublié… Il a aussi écrit sur la même période une belle Histoire de la Résistance (1996). En dehors de La Nef, il collaborait à la Nouvelle Revue d’Histoire, à Politique Magazine et à La Nouvelle Revue universelle ; il dirigeait aussi un « 
Page 1 sur 2 1 2 »